L'Idiot du Village

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vendredi 25 avril 2008

Le dictionnaire, une invention bien française

Le dictionnaire doit être une invention française, tant il est vrai que nous en avons la passion. J'ai déjà (trop) parlé de celui qui occupe ma table de chevet, qui s'y incruste jusque tard dans la nuit. Il y en a d'autres, par exemple le Dictionnaire amoureux de la France de Denis Tillinac (oui, celui de La Table Ronde), qui me tentent assez. A la différence du roman et de sa lecture linéaire, un dictionnaire se savoure par bouchées prises au hasard... qui en appellent d'autres... jusqu'à l'indigestion. Et on recommence, juste après le digestif (mettons quelques vers d'un poète léger, ou les morceaux de choix d'un nouvelliste aérien).

J'ai cependant l'impression qu'à côté des ouvrages réellement écrits, s'entassent sur les étalages de nos librairies (par mode, par facilité, par intérêt) de plus en plus de ces livres formatées sur le concept astucieux et rentable de la culture générale appréhendée d'une manière ludique et décalée, ce qui fait d'eux des ouvrages de curiosité, à la profondeur hélas vite épuisée. Comme toujours, les pépites ne sortent pas sans leur gangue.

lundi 14 avril 2008

Chroniques p(h)arisiennes ou les sept plaies du roman français

Il ne se passe plus une journée sans que la littérature française contemporaine soit recouverte d’une nouvelle couche de béton, seul linceul dont on veut bien (encore) la recouvrir. Chaque fois on croit que ce sera la dernière, mais la traîtresse n’en finit pas de mourir, alors on recommence, inlassablement.

Dans la rue, sur une estrade, un écrivain talentueux se drape dans une pensée en lambeaux – « c’est ton orgueil que je vois à travers » lui dit un passant, mais cet écrivain n’écoute déjà plus, puisqu’il hurle au loup contre les hyènes et, victime du complexe du martyr, s’oint du crachat de la foule. À trop s’élever contre les cons, on finit soi-même vieux con.

Las d’enterrer sa proie, un magazine culturel connecté (ne cherchez pas, il n’y en a qu’un) la déterre pour exhiber la purulence de ses plaies, la putréfaction de ses traits. Il inaugure ce mois-ci une chronique en sept épisodes sur « les 7 plaies du roman français ». Premier épisode : « Le Roman de normalienne ». Ludovic Barbiéri y éreinte le roman de Judith Bernard Qui trop embrasse, paru chez Stock. C’est pour l’exemple, nous dit-on, elle l’a bien mérité. Peut-être, sans doute même, j’en conviens… mais une double page ne serait-elle pas mieux employée à défendre un auteur qui le mérite ?

Quand cessera-t-on de se lamenter ?

mercredi 19 mars 2008

Des gens et des livres

Aujourd’hui, arrivé en milieu d’après-midi au Salon du Livre de Paris.

Halte au stand de La Table Ronde, pour acheter le dernier numéro de décapage. Pour le même prix, j’ai eu le droit de repartir avec un numéro de mon choix : commerçante, la dame qui s’occupe de ce stand. Et avec ceci (mais payant lui), le premier roman de Jean Freustié, Ne délivrer que sur ordonnance, à la petite vermillon. J’en ai profité pour demander – à tout hasard – le roman de Jean de La Ville de Mirmont, Les Dimanches de Jean Dézert, qui se montre rarement en librairie… et ici aussi indisponible. Mais l’on m’indique les Editions Cent Pages, qui proposent une édition remarquable de ce roman génial (enfin j’espère bien) mais trop peu connu.

Direction le stand des Editions Cent Pages : achat du roman génial mais trop peu connu, et aussi des Greguerías de Ramón Gómez de la Serna, un auteur portugais pour un recueil de fragments littéraires qui m’intriguait depuis que j’en avais entendu parler dans le premier hors-série de Transfuge (vous savez, ce bimestriel anciennement consacré aux littératures étrangères et récemment grimé en magazine kulturel, pour séduire les gens, cette engeance qui aura ma peau). Ajoutons à cela que les Editions Cent Pages proposent des livres d’une très belle tenue, avec une typographie, une maquette et une ligne éditoriale atypiques. Cela ne peut que me réjouir.

Pause dans un espace Pause lecture (comme il se doit), avec mes livres et des marque-pages (mais qu’en faire ?). Feuillette mes deux numéros de décapage, lis les nouvelles de Constance de Buor et d’Arnaud Dudek (Jeune fille déjà lue sur jicsvb, pour le coup relue). Note une belle phrase dans ma tête, que je ne retrouve pas, j’ai l’air malin. Fin de la pause.

Acheté Chez P*** macaron au café et café, l’un cartonneux et suintant, l’autre servi dans un gobelet guère plus grand qu’un dé à coudre ; 5 € le tout, dégusté sur une chaise pliante en attendant la conférence de 17h30 « Dans les coulisses de l’édition. Le best-seller : divine surprise ou savante fabrication. » Cela me rappelle que je n’aime pas le café, allez savoir pourquoi. En tout cas, pour une maison de qualité fondée en 18**, on repassera.

La conférence donc. Animée par une femme que j’ai l’impression de voir à chaque fois que j’assiste à une conférence (elle doit être livrée avec les chaises pliantes et les micros). Elle fait parler Teresa Cremisi (Flammarion), Isabelle Laffont (Lattés), Alexandre Wickham (Albin Michel) et Anne-Marie Métailié (des éditions du même nom, vous l’auriez deviné). À part Alexandre Wickham, qui fait l’erreur d’arriver sur l’estrade avec une veste boutonnée au premier bouton en partant du haut (grave faute de goût, même GQ vous le dira), tout va pour le mieux. Les uns parlent, les autres écoutent, jusqu’au moment où la situation s’inverse pour le quart d’heure sacré des questions du public. C’est là où je pars.

Il est 18h15. J’essaye de me perdre dans le dédale des stands, y réussis très bien, essaye de me retrouver, c’est un peu plus compliqué.

Il est 19h00. Stand du Diable Vauvert. Dédicace express, pour une amie, la meilleure, du dernier livre de Louis Lanher, un recueil de nouvelles au titre étonnant mais vrai : Ma vie avec Louis Lanher.

Début de la nocturne, les bouteilles de champagne sautent les unes après les autres, les gens viennent tous d’un coup. Soudain, la foule fait corps et évolue comme un banc de maquereaux suspendu aux errements erratiques d’un micro qui la nargue au bout de sa perche. En dessous, Bertrand Delanoë et une pluie de flashs.

Je m’éloigne et repars de ce salon. Pas d’alerte à la bombe, ni de plafond qui tombe sur les têtes. Quelques livres en plus pour ma pile. Des marque-pages pour les habiller. Et des nuits blanches pour déchiffrer des lignes noires, en écoutant Radiohead.

P.S. : la phrase notée puis perdue était : « Une histoire d'amour au dénouement vraiment poétique ne s'achève pas par des excuses, un pardon ou une enquête sur ce qui a mal tourné - l'option saint-bernard, avec bave et paupières tombantes -, mais tout simplement dans un silence digne. » in La physique des catastrophes, de Marisha Pessl (Gallimard). Finalement, c'est à la fois con et mignon, mais pas une si belle phrase que cela, d'où la perte. Lâchons du lest sur nos citations, seules les meilleures resteront.

jeudi 13 mars 2008

Restons sérieux

Aujourd'hui, inauguration du Salon du Livre de Paris : cette année, il charrie dans son sillage les hurlements de hyènes politiques ; restons sérieux et continuons à parler de littérature. Elle nous sauvera de la vulgarité ambiante.

J'y serai mardi pour la nocturne : avis aux amateurs.

mercredi 30 janvier 2008

Comme une partie géante de Monopoly

Actualité oblige, on reparle ici et du dernier roman d'Eric Reinhardt : Cendrillon. Lui-même se montre visiblement sur les plateaux télé, pour parler de son livre dans la veine jamais épuisée de "la réalité qui rattrape la fiction", voire de l'antienne cassandrale [c'est beau comme adjectif, non ?] "je vous l'avez bien dit".

Son livre relate entre autres l'ascension fulgurante du trader nommé Laurent Dahl, qui a commencé au middle office chez Morgan Stanley pour fonder ensuite avec un ancien ami de lycée un hedge fund de haute voltige à Londres, au nom mallarméen d'Igitur, et qui devient bientôt une valeur phare de la finance internationale. On prend des risques de plus en plus élevés, on repousse toujours plus loin les limites rationnelles... jusqu'au jour où l'on recule pour mieux sauter, et c'est la chute.

Eric Reinhardt retranscrit à merveille l'excitation du jeu financier, où l'argent devient vite une notion abstraite, une suite de zéros dont la valeur n'est pas seulement matérielle : c'est aussi un critère de classement dans cette partie géante de Monopoly, jouissive et amorale, à laquelle on s'adonne par goût du risque et du succès. Tous les coups sont permis, car quitte à passer ses journées et ses nuits les yeux rivés à des courbes sur un écran d'ordinateur, autant gagner, non ?