L'Idiot du Village

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dimanche 2 septembre 2007

Ecrire pour qui, écrire pour quoi ?

Ecrire pour qui, écrire pour quoi ?

Borges disait qu'il n'écrivait ni pour l'élite ni pour le peuple, mais pour lui-même et ses amis (1) : y a-t-il déclaration plus sincère - et plus proche de la vérité - à propos de l'écriture ? On écrit pour personne et tout le monde à la fois : écrire n'est pas acte de communication mais d'expression, cristallisation d'une pensée qui ne devient telle qu'une fois sertie dans une langue que le style creuse et sculpte tout à la fois.

Dans tout auteur se cache un lecteur frustré de ne pas trouver le livre qu'il aimerait lire : ce livre idéal est l'archétype à l'aune duquel l'auteur mènera son labeur.

Mais il serait naïf de croire que l'auteur vit dans une tour d'argent (2), indifférent à son public : au même titre qu'une pensée ne prend forme que dans et par une parole, un manuscrit n'existe qu'une fois publié. Un texte exprime toujours un désir de reconnaissance, un appel solitaire lancé dans la nuit, "car tous les artistes savent que leur vision est sans valeur tant qu'elle n'est pas partagée", écrivait Carson McCullers dans un article datant d'avril 1950 (3).

Et c'est dans ce rapport à soi et aux autres que l'auteur éprouve la sincérité de son œuvre et la foi qu'il porte en elle.


(1) "Je n'écris pas pour une petite élite dont je n'ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu'on surnomme la Masse. Je ne crois pas à ces deux abstractions, chères au démagogue. J'écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps." A retrouver sur la quatrième de couverture du Livre de sable (Folio n°1461). Par contre, impossible de savoir d'où est tiré le texte servant à cette quatrième de couverture, pas de l'épilogue du recueil en tout cas. Suis preneur de tout renseignement.

(2) Pourquoi la tour serait-elle forcément en ivoire ? Elle serait faite d'acier et de verre que le résultat ne serait pas bien différent du piège de cristal que l'on imagine...

(3) Publié dans Theatre Arts sous son titre original The Vision Shared, cet article est à retrouver avec tous ceux de l'auteur américaine dans la compilation Ecrivains, écriture et autres propos présente dans la très belle réédition du Cœur est un chasseur solitaire chez Stock La Cosmopolite.

samedi 1 septembre 2007

Renaissance

Nous vivons tous dans une bulle d'indifférence. La monotonie du quotidien anesthésie notre sensibilité, érode notre curiosité : saturés d'informations, nous sommes devenus l'expression de notre propre désincarnation. Nous fuyons le monde sensible dans des simulacres dont Internet est le réceptacle en même temps que la caisse de résonance, village planétaire comptant plus d'un idiot.

Dans cette cacophonie ambiante, la littérature perdure encore, expression de voix singulières dont certaines arrivent à se faire entendre. La lecture est toujours vécue comme expérience signifiante, déchiffrage de signes qui soudain prennent sens dans leur déroulement linéaire. Une fois refermé, le livre restitue à la réalité un être imprégné d'un monde intérieur, regardant autour de lui comme s'il ouvrait les yeux pour la première fois, comme si - enfin - il se décidait à sortir de sa caverne pour renouer avec le monde sensible.

Pour voir ce que voit l'artiste.

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