L'Idiot du Village

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lundi 12 mai 2008

Sade, ou le littérateur pornographe

Certains livres sont lus pour de mauvaises raisons (les extralittéraires), ce qui sauve parfois leur auteur de l’anonymat, où leur absence de talent (je ne parle même pas de génie) les aurait sinon confinés.

Ainsi Sade, marquis, littérateur et pornographe. Sa philosophie de boudoir libertin tient plus de la logorrhée puérile d’un agitateur priapique que d’une œuvre littéraire écrite : aucune image mais beaucoup de clichés, aucune pensée mais beaucoup de provocations gratuites, pour choquer les bonnes mœurs. Et quel bavardage ! quelle admiration pour sa propre subversion !

Il n’y a rien de plus conformiste que la subversion, toute rébellion tendant à se muer en ce qu’elle combattait : un système. L’esprit sadien n’est qu’une combinatoire de toutes les possibilités de plaisir offertes par le corps humain, une combinatoire purement mécanique, toute desséchée, sans aucune sensualité ni créativité. La sensualité est à la sexualité ce que l’érotisme est à la pornographie : une étincelle d’art dans un peu de vie. Le sexe est ici réduit au simple rôle d’arme transgressive : il devient d’un ennui !

Et quand les plaisirs indolores sont épuisés, ou plutôt quand ils l'ont épuisé, Sade a recourt à la cruauté pour divertir son indifférence : la puérilité est le premier masque des monstres.

Pourtant, La philosophie dans le boudoir vaut d’être lue à voix haute, pour rire entre amis de ce ridicule marquis (et c'est encore trop le flatter).

jeudi 10 avril 2008

Je pense à vous mes châtons

Je vous délaisse, ça me désole.

Trop à lire pour écrire : éternel combat.

Ces lignes pour sortir d'ici, en attendant d'y revenir :

lundi 17 mars 2008

Libre, enfin libre

« A nous deux maintenant ! »

mercredi 12 mars 2008

La vie transcende le vécu

La poésie est l’art littéraire le plus arriéré. Celui que, pour autant que nous le sachions, les hommes ont pratiqué le premier. Ce n’est pas la station debout permanente qui a séparé l’homme du singe, c’est la poésie. Un jour, un velu à front bas, cessant de se gratter les aisselles, a grimpé sur un rocher et, indifférent aux barrissements des diplodocus, en bas, a chanté : « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui… »

Charles Dantzig, in Dictionnaire égoïste de la littérature française (Grasset).

J'entends des gens se plaindre que la poésie n'est plus assez lue ; elle ne l'a jamais été, ne le sera jamais : elle n'intéresse de tout temps en France que quelques centaines de personnes seulement, pas plus. Et après ? C'est bien assez pour faire vivre et perpétuer les étincelles crachées par le choc des mots, des sons et des images. Pour qu'écrire de la poésie, vivre poétiquement ne soit pas vain.

Comme Anne-Sophie, je ne lis de la poésie que de manière sporadique, comme on aère une chambre qui sent le renfermé. Et voilà de quoi nourrir mon sang :

Qui a talent pour le malheur,
Il doit le fuir autant qu’il peut.
« Il n’est pas de chagrin qu’une heure
De lecture n’ait chassé », Montesquieu.

Il n’eut donc pas de vif chagrin,
Il ne vit pas les hôpitaux,
Les corps flétris percés de drains,
Les âmes devenues les maux.

Et les naseaux Dostoïevski
Fumant l’éloge de la souffrance,
De la souffrance qui ennoblit,
Ces grands esprits sont assez rances.

Pensez plutôt aux longs bras maigres
Aux escarres des fesses osseuses
Aux cheveux gras à l’haleine aigre
Aux vies entières chassieuses

Et si réellement ils souffrent
Ils font de l’imposé vertu
Quelle hauteur voilà des gouffres
La vie transcende le vécu.

Le malheur vient bien tout seul, de Charles Dantzig, in En souvenir des long-courriers (Les Belles Lettres).

dimanche 9 mars 2008

A celle qui


Contre la laideur du monde et la barbarie des êtres dits civilisés, cette strophe de Paul Eluard, pour réenchanter un ciel aujourd'hui délavé par la pluie :

« A chanter des plages humaines
Pour toi la vivante que j’aime
Et pour tous ceux que nous aimons
Qui n’ont envie que de s’aimer
Je finirai bien par barrer la route
Au flot des rêves imposés
Je finirai bien par me retrouver
Nous prendrons possession du monde »

Paul Eluard, in Poésie ininterrompue.

C’est toujours ça que la bêtise n’aura pas.

(J'éprouve quelque réconfort à penser qu'un vers puisse colorer les gris, redresser un dos voûté, forcer à aller de l'avant... enfin j'aime à le croire.)

(Photo : Dorothée.)

mercredi 6 février 2008

Faites la queue, comme tout le monde

Parfois, il arrive que l’on ouvre la fenêtre et que l’on se penche pour regarder en contrebas… La prochaine fois, ce sera peut-être une malle au grenier qui sera ouverte et qui sentira le renfermé. D’autres fois encore, on fera un tour d’inspection des oubliettes de la cave (vous savez, après le passage secret).

Mais à chaque fois, que cela soit sous la fenêtre ouverte et devant la porte fermée, au fond d’une malle périmée ou dans les ténèbres de la cave, les écrivains attendent leur tour, grattant le sol de leurs pattes griffues, le souffle court qui s’impatiente.

La négligence est un crime, n’en abusons pas.

Ainsi distribuons-nous des tours de passage, sans trop savoir l'ordre des priorités, à part peut-être pour les habitués de la maison (on les aime ces privilégiés), en espérant que les chiffres soient pour une fois de notre côté et restent tranquillement infinis...

(Je me souviens avoir lu il y a de cela fort longtemps, du temps où je lisais encore des magazines scientifiques juniors, une nouvelle de Bernard Werber - oui, ce fut la seule - se déroulant dans un pays où les chiffres sont en nombre fini, dogme mathématique qu'il ne faut surtout pas contredire, sinon... je ne sais plus très bien, mais sur le moment, la terreur métaphysique fut prête à m'étreindre.)

samedi 26 janvier 2008

Ma vie mon œuvre (mode d'emploi) - Episode I

Prologue

Pour l’année 2008, j’ai pris trois bonnes résolutions (en fait, c’est tout récent, je suis un peu en retard sur le calendrier) :
  1. devenir riche,
  2. célèbre
  3. et heureux (le bonheur est aussi un devenir, il s’agit d’une gymnastique mentale comme une autre, à pratiquer quotidiennement).

Vaste projet, dont l’ambition n’est pas moins grande que les moyens à mettre en œuvre pour la réaliser. Une seule option : devenir best-seller, à la M. L. ou à la G. M., la vérité résidant hélas moins dans les lettres que dans les chiffres. Et comme je suis un peu pressé, j’ai décidé de l’être dès mon premier roman, qui reste encore à écrire.


Chapitre 1 : La danseuse de flamenco

Commençons aujourd’hui même, si vous le voulez bien (comme je ne suis pas mesquin, j'en profite pour vous donner la recette). Le titre tout d’abord : c’est le plus important, le reste n’est que notes en bas de page. Dans l’idéal, il évoque un vœu pieux ou un bon sentiment et interpelle le lecteur (mes lecteurs). Ramassé sur la couverture de mon livre lui-même assis sur son présentoir, il attend le chaland ; les yeux mi-clos il feint de somnoler, un sombrero sur la tête, deux colts sous le poncho. Une proie se présente, il bondit… et l’invite à danser, pour mieux s’inviter dans le panier du chaland. Sombrero et poncho ont déjà volé au-dessus des têtes, révélant une robe de danseuse de flamenco qui ondule pour souligner la jarretière bien en évidence sur une jambe chaudement cirée. Quelques suggestions :

  • Toi et moi, c’est tout
  • Ma vie ton amour
  • Dans tes bras, dans ton cœur

Des contre-exemples :

  • Sans toi, la vie est plus facile
  • Je ne suis pas à lire
  • Laisse-moi te raconter l’histoire de ton long suicide

Le tout est de se vendre, n’hésitez pas à racoler : le tapin paye toujours (ou alors, c’est que vous n’êtes pas doués, mais alors là je ne peux rien pour vous).

Chapitre 2 : Le con, la prude et le chaland (à paraître)

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