L'Idiot du Village

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Rentrée littéraire 2007

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mardi 4 septembre 2007

In or out ?

En écho à un billet de Gilles Cohen-Solal sur le blog des Editions Héloïse d'Ormesson.

Les critiques parlent tous des mêmes livres, que cela soit à cause de la renommée de leurs auteurs, des polémiques qu'ils suscitent, de l'intérêt du public (il faut vendre des livres, mais aussi les magazines qui en parlent) ou tout simplement pour proposer ce que propose le voisin : un avis sur les livres du moment. Être dans le coup : la rentrée littéraire n'échappe pas à ce travers événementiel, et moi non plus d'ailleurs (cf. ma liste de la rentrée).

Et c'est peut-être d'autant plus criant pour la littérature étrangère. En effet, les livres qui nous arrivent en cette rentrée 2007 sont déjà passés entre les mains de la critique de leurs pays d'origine. Une première sélection a été faite, que les prix littéraires étrangers les plus prestigieux (Booker Prize, National Book Award) dominent avec ostentation. Les traductions débarquent donc - en différé - auréolées (et même précédées) de leur gloire outre-hexagonale. Dès lors, dans l'effervescence du buzz, il est facile de couronner ce qui l'a déjà été.

Le résultat s'observe dans les médias et les librairies : ce sont les mêmes livres qui sont mis en avant, encensés ou décriés, peu importe du moment qu'on en parle.

Ainsi, les quelques livres qui occupent actuellement la critique se retrouveront inévitablement sur les listes des prix littéraires, de par le battage médiatique qui les entoure. Est-ce à dire que ces livres sont sans valeur ? Que l'intérêt qu'ils suscitent est sans fondement ? Il y a des limites à la mauvaise foi et ne pas verser dans l'éloge dithyrambique mais complaisant tout comme dans la critique contemptrice (deux formes antagonistes d'expression du même snobisme) relève autant de l'exercice du funambule que de l'honnêteté la plus simple.

Avant toute chose : lire. On verra ensuite.

lundi 3 septembre 2007

Ma liste de la rentrée

En littérature française :

  • Cendrillon, d'Eric Reinhardt
  • Les merveilles du monde, de Célia Houdart
  • Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel
  • Songes de Mevlido, d'Antoine Volodine
  • Un livre blanc, de Philippe Vasset
En littérature étrangère :
  • La physique des catastrophes, de Marisha Pessl
  • La perte en héritage, de Kiran Desai
  • Les belles choses que porte le ciel, de Dinaw Mengestu
  • Les disparus, de Daniel Mendelsohn
  • Central Europe, de William T. Vollmann
Si l'éternité m'était accordée...
  • Arlington Park, de Rachel Cusk
  • La bâtarde d'Istanbul, d'Elif Shafak
  • In memoriam, de Linda Lê
  • Je m'appelle François, de Charles Dantzig
  • Palestine, d'Hubert Haddad
  • José, de Richard Andrieux
  • Les Normales saisonnières, de Pierre Pelot
  • Tourville, d'Alex D. Jestaire
  • Hors jeu, de Bertrand Guillot
  • Amende honorable, de Julien Capron

C'est la rentrée

La rentrée littéraire, exception française durant laquelle lire revient au goût du jour.

Cet événement, les médias l'annoncent, l'accompagnent et en célèbrent les couronnements successifs : les prix littéraires.

2007 voit se bousculer au pilon pas moins de 727 romans. Ce n'est pas nouveau, la surproduction sature en aval la chaîne du livre : les libraires, les lecteurs, pour qui les titres se télescopent les uns les autres en une mosaïque indigeste. La réception des textes en sort brouillée car on ne donne pas au livre le temps de trouver son public. Face au constat de la surproduction, deux types de discours : la déploration crépusculaire et l'enthousiasme béat, tout aussi consensuels l'un que l'autre.

Face à cet engorgement, la critique œuvre tant bien que mal et dessine les tendances de cette rentrée, propose timidement quelques regroupements thématiques. Elle tente aussi le délicat exercice du pari littéraire en émettant des pronostics hasardeux sur les succès "annoncés" (mais qui sera le hérisson 2007 ?), négligeant au passage la dimension intrinsèquement aléatoire de l'édition. Par ce travail, émergent de la gangue éditoriale quelques titres, des noms connus, parfois pas, de bonnes surprises et des déceptions. Encore trop pour tout lire, mais le tamis se resserre inexorablement sur les quelques pépites de notre choix.

Une rentrée littéraire, c'est aussi des polémiques stériles : Camille Laurens accusant Marie Darrieussecq de "plagiat psychique" (sic), Mazarine Pingeot pointée du doigt pour s'être inspirée de l'affaire Courjault pour écrire son dernier roman Le cimetière des poupées... et des querelles de critiques : le Vollmann - Central Europe - est-il un chef-d'œuvre ou une imposture ? A l'abri de rien, d'Olivier Adam, malgré un accueil très favorable par la plupart des critiques, est-il plus qu'un texte engagé et démagogue ? Le dernier Bégaudeau, Fin de l'histoire, manifeste féministe de qualité ou maniérisme d'arrière-garde ? Sans parler de L'aube le soir ou la nuit...

Bref, une rentrée littéraire habituelle, pour l'instant sans Bienveillantes à l'horizon.

(Photo : les frères Goncourt, bien sûr.)