L'Idiot du Village

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 19 mars 2008

Je suis à vendre - c'est un scandale !


C'est bien gentil le changement, les réformes, la rupture... mais là je dis non !

Que cette vénérable institution qu'est le Magazine Littéraire décide de s'offrir un petit ravalement de façade, très bien ; que l'équipe rédactionnelle soit remaniée et aérée par l'arrivée de nouvelles signatures, encore mieux ; mais pourquoi (pourquoi ?!) fallait-il que l'épilogue du dossier mensuel sombre dans une faille du continuum littéraire ?

Chaque mois, j'avais droit à mon petit article signé Charles Dantzig, je commençais d'ailleurs le dossier par lui, pour être en terrain connu. Maintenant, ce sera sans lui : plus de terrain connu, plus de repères, je suis perdu. C'est un fait suffisamment grave pour motiver la résiliation de mon abonnement (même si maintenant mon statut d'abonné me permet de bénéficier d'avantages, et même de privilèges, n'ayons pas peur des mots, sur le site internet du magazine : articles exclusifs, textes d'auteurs inédits... mais mon épilogue ?).

Par ailleurs, consacrer une enquête aux blogs littéraires, c'est bien, mais quel est l'intérêt si c'est pour ne pas parler du mien ? Je cite néanmoins la conclusion, pertinente, de l'article d'Alexis Brocas :

« Cette blogosphère fourmille déjà de réseaux d'influence, tissés à force de liens virtuels, d'affinités réelles et de commentaires envoyés d'un biog l'autre. Or, en s'unissant, les blogueurs multiplient leur force de frappe (prescriptive), mais mettent du même coup en péril une partie de la crédibilité qu'ils ont gagnée pied à pied. Difficile en effet de livrer une critique négative d'un roman, quand on entretient depuis des années un dialogue avec son auteur par ailleurs blogueur... Difficile, c'est vrai, de résister aux cajoleries croissantes des attachées de presse des grandes maisons d'édition lorsqu'on a, comme de nombreux acteurs de la blogosphère, un manuscrit dans le tiroir et le désir impérieux de le voir imprimé... »

J'en profite ici pour rappeler que je suis d'une probité exemplaire et que j'en ai assez : je suis à vendre ! Attachée de presse, auteur wannabe, éditeur solitaire, n'hésitez plus à me contacter pour me corrompre, je prends tout : liquide, chèques, numéros de carte bleue, paiement en nature... Idem pour les services de presse : je les revendrai à Gibert.

samedi 15 mars 2008

Nouvelle formule du Magazine Littéraire

On peut découvrir sur le stand du Magazine Littéraire au Salon du livre sa nouvelle formule, que le numéro d'avril inaugure par un dossier "Du Livre aux livres, la littérature et les juifs", paru hier.

On peut aussi apprécier l'évolution spectaculaire de leur site internet, enfin aux normes de la modernité telle que nous la connaissons pour le moment.

lundi 4 février 2008

Et cette vieille fille qui n'en finit pas de mourir

« On peut tenter de justifier la débâcle en avançant que nous avons perdu la bataille de la diffusion des biens culturels. Ce n’est pas faux mais insuffisant pour tout expliquer. Le fait dominant est que la culture française n’a pas su renoncer à ce qu’elle conçoit comme étant « l’universalité ». Elle a fait le pari d’exposer, en vitrine, une littérature susceptible de s’adresser à tous, quand la mondialisation n’offrait une chance de survie qu’aux œuvres adaptées à la fragmentation des publics. En crachant sur les genres, en s’accrochant aux concepts faisandés de « littérature générale » et de « pensée universelle », la France a perdu les outils et les formes qui permettent de s’adresser aux « mondes entiers ». Car le rayonnement littéraire est aujourd’hui un rayonnement par la marge, agressif et segmentant, face auquel notre mécanique rassembleuse ne fait pas le poids. Sanctifiés par un appareil critique d’un autre âge, les héros français, du Hérisson à Amélie Poulain, sont trop lisses, petits bras et œcuméniques pour ne pas perdre en intérêt et en impact. Et, en parlant aussi bas à tout le monde, on ne parle plus à personne de sa vie… »

Et c’est signé Benjamin Berton (myosotis sur fluctuat.net, c’est lui). Voilà ce qu’on peut lire dans les pages « Débat » du Magasine littéraire de février, à propos d’une question – « La culture française est-elle en déclin ? » – maintes fois charriée par les flots intellectuels germanopratins depuis l’enquête du Time du 21 novembre sur « The Death of French Culture ».

Sans vouloir rouvrir ce tiroir à clichés, je m’interroge : est-ce à dire que la littérature française ne survivra que par ghettoïsation et formatage de ses livres ? Est-ce à dire que la prétention à l’universalité de toute œuvre digne de ce nom est devenue caduque ? Qu’il n’y aura plus d’Emma Bovary ? Faut-il renoncer à intéresser un public particulier à un livre d’un autre horizon ? N’y a-t-il point de salut par-delà les murs que nous érigeons autour de nous (par paresse, par manque de curiosité, par ignorance) ?

Je m’interroge…

(Illustration : Jonathan Burton pour Time.)

jeudi 17 janvier 2008

Vingt-et-un

Le premier numéro de XXI a paru aujourd'hui. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, je rappelle qu'il s'agit d'un nouveau trimestriel d'actualité et de reportages à la Albert Londres. On en parle ici et là:

Je n'ai lu pour l'instant que le récit d'Emmanuel Carrère sur Edouard Limonov, Le dernier des possédés, qui a été "voyou à Kharkov, poète underground à Moscou, loser magnifique à New York, écrivain branché à Paris, soldat de fortune dans les Balkans et, à Moscou de nouveau, vieux chef d'un parti de jeunes révolutionnaires." En un mot : captivant.

jeudi 10 janvier 2008

XXI

Via le blog des Editions Héloïse d'Ormesson puis Rebuts de presse, le blog de Didier Jacob : découverte de XXI, à paraître le 17 janvier. Une vidéo pour patienter :

mercredi 21 novembre 2007

Du décalage de la critique

Le septième numéro du Magazine des Livres consacre son dossier à la critique littéraire et s'interroge sur sa pertinence, vue la corruption endémique (voire consubstantielle) du microcosme littéraire. Dossier maintes fois réouvert, toujours au moment de la rentrée littéraire, flot pamphlétaire peut-être bu jusqu'à la lie, tant il est vrai que plus personne n'est dupe.

Dans le cadre de cette problématique de saison, plusieurs personnalités du milieu ont été interrogées. Une réponse m'a interpelé : à la question "Vous-même, vous diriez vous critique ou journaliste littéraire ?", Christophe Kantcheff - rédacteur en chef adjoint de Politis - répond :

"Il s'agit de deux temporalités différentes dans la pratique de son travail : le journaliste par définition réagit, il doit être dans l'événement, dans l'actualité, alors que le critique a besoin de davantage de temps, doit laisser filer le temps qui passe. Il se retrouve ainsi en décalage par rapport au journaliste qui est en lui, décalage qui permet d'ailleurs de prendre en compte la réception critique, ou plus exactement journalistique."

Les blogs littéraires sont actuellement présentés comme une alternative rafraichissante à la critique établie et consensuelle. Reste à savoir dans quelle temporalité ils s'inscrivent. S'il s'agit de journalisme littéraire, on peut émettre quelques doutes à leur utilité. Un blog survit par son audience, c'est-à-dire par sa capacité à se renouveler et à tenir le rythme frénétique d'une publication quasi-quotidienne. Dès lors, la tentation est grande de ne se faire que le relai de l'actualité pour meubler le silence et nourrir son flux RSS, abandonnant par la même occasion tout le sel du blogging : la valeur ajoutée par rapport aux médias traditionnels, un avis et un ton personnels, de l'esprit critique, la nécessaire différence pour narguer l'uniformité. En fait, tout cela peut se résumer au travail de fond qui sous-tend l'architecture de tout blog sérieux. Et ce travail de fond est-il toujours présent dans les blogs que vous et moi pouvons parcourir sur la toile ? Hélas, non, pas tout le temps. Moi-même parfois...

Je me lasse de cette rentrée : encore deux trois livres en attente, et après je me mets à fouiller les coins obscurs des bibliothèques, pour colmater les brèches de la mienne.

lundi 1 octobre 2007

Lu et approuvé

« [...] un roman aujourd'hui peut posséder deux sortes d'atouts pour surnager dans le tsunami de la rentrée. Le premier : c'est un livre où un fait littéraire apparaît avec évidence (originalité, style, profondeur de la pensée, musique, etc.). On en a lu [..]. Ces livres-là existent en eux-mêmes. Mais ils ont besoin de temps pour exister auprès des lecteurs. Le temps de digérer la nouveauté, de la faire connaître (rien de mieux que le libraire et le bouche à oreille pour ça). Un temps que la mécanique du commerce ne leur accorde pas. La plupart des livres qui sortent aujourd'hui auront disparu dans deux mois.

D'où la deuxième série d'atouts dans le jeu des candidats au succès : le fait extra-littéraire. Par exemple : l'identité de l'auteur qui serait, voyons, disons la fille d'un homme politique. C'est un atout non négligeable. Si, à cela on pouvait ajouter un brin de scandale, comme, par exemple, un sujet romanesque sanglant (le sexuel graveleux étant une marque déposée de Houellebecq), ce serait mieux. Ensuite, la menace d'un procès (Houellebecq encore, Marc Weitzmann ont testé avec bonheur). Là tout de suite, ça marque des points : les pleureuses par anticipation viennent fissa crier à la censure, à l'ordre moral : c'est jackpot à la sortie des caisses. Vous remarquerez que pour ces livres-là, il n'est nul besoin de parler du contenu littéraire. C'est dommage, certes, que la place qu'ils occupent alors soit autant de moins accordée aux autres ouvrages, mais bon, pour faire aimer les livres à ces ânes de lecteurs, mieux vaut leur parler people, scandale que champ lexical. Reste que certains livres peuvent bénéficier d'une main favorable et posséder les deux sortes d'atouts dans leurs jeux. Alors ? Ben il faut les lire. Et que les critiques qui s'en plaignent fassent alors un autre métier. [...] »

Extrait de l'éditorial de Thierry Guichard, le matricule des anges n°86, septembre 2007.

Pour ma part, rien à ajouter. Et vous ?

- page 1 de 2