Transfuge, anciennement magazine de littérature étrangère, devient à partir de ce dix-septième numéro (septembre-octobre 2007) un magazine culturel, avec donc - en plus de la littérature (plus seulement étrangère mais aussi française) - des pages consacrées à la musique et au cinéma. Le prix passe de 8,50 € à 7,50 € et l'on gagne seize pages en plus, mais au passage, on a fait la peau aux critiques de livres, limitées à leur portion congrue. La part littéraire du magazine se recentre ainsi sur les portraits et les entretiens d'auteurs, qui sont pour beaucoup dans l'intérêt que je porte à ce magazine. Cependant, dans son ancienne formule, Transfuge avait pour ambition de faire (re)découvrir les classiques de la littérature étrangère, les auteurs incontournables ou cultes, et les moins connus, alors que les trois portraits donnés en pâture aux boulimiques que nous sommes sont consacrés à des auteurs contemporains, un Américain (Jonathan Franzer) et deux Français (David Foenkinos et Christophe Ono-dit-Biot), certes pas mineurs, mais quand même : n'y a-t-il pas plus intéressant ? On se rattrape sur les entretiens, toujours très pertinents : William T. Vollmann, Mark Z. Danielewski, Éric Reinhardt... qui viennent compléter ceux qu'on a pu lire ailleurs, sur la toile ou dans d'autres journaux.

Le dossier, quant à lui, suit Frédéric Beigbeder sur les traces de Salinger, figure tutélaire pour notre trublion germanopratin. Par une série de rencontres avec des écrivains qui entretiennent un rapport étroit avec le chef-d'œuvre du maître, L'Attrape-cœurs, Beigbeder tente en effet de se rapprocher de cet ermite qui s'est retiré de la vie publique en 1953, soit deux ans après la publication de son seul et unique roman. Alors qu'il n'a plus donné signe de vie depuis 1965, Beigbeder va tenter de le faire sortir de son ermitage, une ferme au milieu des bois, près d'un petit village du New Hampshire dénommé Cornish. Si la démarche est présomptueuse, qu'en est-il de l'éthique douteuse à vouloir déranger la retraite d'un homme qui a depuis longtemps donné congé au reste de l'humanité ? N'est-ce pas d'ailleurs pour cela que Beigbeder cherche l'approbation de ses confrères au cours de ses entretiens ?

A le suivre au fil de ses rencontres aux Etats-Unis, on s'aperçoit qu'il est moins question pour lui de retrouver un maître en littérature que de se trouver lui-même (comme toujours) et de répondre à cette question : l'auteur doit-il s'effacer derrière son œuvre et disparaître de la scène médiatique ?

Quoi qu'il en soit, la réponse à la question que vous vous posez sans doute (a-t-il réussi à approcher Salinger ?) ne se trouve pas dans Transfuge, mais dans le documentaire qui a été tiré de ce pèlerinage littéraire (une co-production Rami Production et Transfuge Production) et qui sera diffusé sur Canal Jimmy le 23 septembre. Un trailer sur le tout nouveau site de Transfuge en guise d'amuse-gueule.