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  <title>L'Idiot du Village - Critiques</title>
  <link>http://www.idiotduvillage.net/</link>
  <description>la littérature plongée dans la rumeur du monde</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Tue, 08 Jul 2008 17:15:46 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>Chaos calme</title>
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    <pubDate>Wed, 02 Jul 2008 22:29:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Sandro Veronesi</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img title=&quot;Chaos calme, juil 2008&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/ChaosCalme.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sandro Veronesi interroge dans &lt;em&gt;Chaos calme&lt;/em&gt; les capacités de
résilience d’un homme faisant le deuil de sa femme. Cet homme va réorganiser sa
vie autour de sa fille. Au premier jour de la rentrée, il reste à l’attendre
devant son école. Les jours suivants aussi. Il finit par s’incruster dans le
paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il mène sa vie professionnelle depuis sa voiture – il est quelque chose
comme directeur d’une chaîne de télévision italienne appartenant à un grand
groupe français, lui-même sur le point de fusionner avec son &lt;em&gt;alter ego&lt;/em&gt;
d’outre-Atlantique – et cela déclenche un mouvement centripète de moult
personnages, des collègues paniqués par la fusion imminente, une belle-sœur
névrosée, un frère célèbre modiste mais aussi fumeur d’opium… la liste est
longue et riche en personnages tourmentés. Face au calme du veuf, face à
l’&lt;em&gt;incompréhensible&lt;/em&gt; calme du veuf, ils vont tous le voir pour déverser
leur saleté – comme dirait l’autre – et épancher leur souffrance.Tout le monde
souffre dans ce livre, sauf le narrateur endeuillé. Cette absence de réaction
mélodramatique inquiète (et même énerve) ses proches : puisque la réalité
contredit leur cliché du deuil, il faut ramener le veuf à la raison (à la
réalité) pour qu’il s’y conforme et se prête un peu au jeu social que tout le
monde est prêt à jouer – condoléances appuyées, services proposés, compassion
affichée, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour d’une relation père-fille subtilement travaillée, Sandro Veronesi
renvoie notre société à ses propres contradictions face à la mort (négation de
la finitude de la vie humaine contre obligation sociale de payer un tribut au
pathos mortuaire). D’une écriture enlevée, parfois un peu bavarde, Sandro
Veronesi raconte la vie de cet homme qui n’est pas sans défauts (c’est sa
qualité en tant que personnage romanesque) et l’amène au cours d’un final
fellinien à percer sa bulle de calme chaos pour redescendre sur Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un très beau roman, prix Strega 2006, porté à l’écran en 2008 avec Nanni
Moretti dans le rôle principal.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Chaos calme&lt;/em&gt;, de Sandro Veronesi, Grasset, 21,90 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>DeLillo's 9/11</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/06/28/DeLillos-9/11</link>
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    <pubDate>Sat, 28 Jun 2008 16:54:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Don DeLillo</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/falling_man.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce n’était plus une rue mais un monde, un espace-temps de pluie de cendres
et de presque nuit. » Dans le monde d’&lt;em&gt;après les avions&lt;/em&gt;, les repères
ont disparu en même temps que les tours, laissant les survivants orphelins de
sens. Keith est l’un deux ; il tient à la main une mallette qui ne lui
appartient pas ; il erre hagard dans les rues, titube au bord de l’hébétude.
Bientôt il arrive chez son ex-femme, Lianne. Elle qui habite le centre n’a pas
vu les tours tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple se reforme à mesure que le temps les éloigne de l’attentat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur fils, Justin, s’enferme souvent avec les enfants des voisins, pour
scruter le ciel à l’aide de jumelles, dans l’attente du retour des avions de «
Bill Lawton » ; pour eux, les tours sont toujours debout. Face à un tel trauma,
le déni est moins une protection qu’un refoulement de l’incommensurable. Justin
adopte des jeux de langage, parle par monosyllabes, voire ne parle plus du tout
: là aussi, l’indicible perce et menace de tout envahir, ultime victoire de la
terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Keith retrouve la femme à qui appartient la mallette ; leurs récits de cette
journée verticale rapprochent les deux survivants ; ils se comprennent l’un
l’autre. Dans un monde hanté par le souvenir des disparus, où tout référentiel
a été aboli, la vie pour eux est une non-mort perpétuelle : le survivant erre
là où plus personne ne l’attend, où plus personne ne peut le comprendre. Le
sexe est alors la seule preuve qui reste pour se sentir en vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lianne, bien que n’ayant pas vécu l’enfer des tours, n’en demeure pas moins
la plus affectée. Elle se rabat sur l’atelier d’écriture pour malades
d’Alzheimer qu’elle anime. La perte progressive de la mémoire donne aux
contours de la réalité un flou qui n’a rien d’artistique et introduit peu à peu
le malade dans un monde indéchiffrable et inconnu, où la peur règne ; c’est
aussi le monde d’après les avions. L’érosion de la mémoire comme l’attentat
terroriste signent la même négation de la conscience individuelle. Écrire
permet de redonner une cohérence à cette réalité devenue irréelle par
saturation du réel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre le monde qui émerge de cette pluie de cendres, un matin de
septembre qui s’annonçait beau (pourtant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’amant de la mère de Lianne, un certain Martin, est un Européen, marchand
d’art entre deux avions, qui aurait trempé dans le terrorisme d’extrême gauche
des années soixante-dix, vivrait sous une fausse identité. Martin est le seul à
s’interroger sur les motifs politiques qui existent en deçà des revendications
religieuses et morales des terroristes, là où tout le monde se demande pourquoi
Dieu avait pris ses RTT ce jour-là. Martin cherche déjà à les comprendre (et
non à les excuser), alors que Lianne reste dominée par sa peur.
L’&lt;em&gt;autre&lt;/em&gt; terrorise avant tout parce que son mode de pensée demeure
impénétrable à la logique occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l’Homme qui Tombe cristallise dans ses performances le retour du refoulé
collectif, la chute du monde occidental, sa vulnérabilité insoupçonnée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Don DeLillo livre ici moins un roman sur le 11 septembre qu'un roman sur
après le 11 septembre. Comment survivre à la fin du monde, aux tours qui
tombent et aux cendres crachées par ce colosse disloqué ? Comment réapprendre à
marcher droit dans un monde privé de ses fondations ? Par une écriture
cérébrale et sans affect, DeLillo analyse le délitement de l'Occident et la
manière dont il se relève, se reforme, c'est-à-dire la place que conserve les
États-Unis sur le nouvel échiquier géopolitique. Martin dit : « à cause de tout
le danger qu'elle provoque dans le monde, l'Amérique va perdre son importance.
Vous ne me croyez pas ? » On lui répond : « Si nous occupons le centre, c'est
parce que vous nous y avez mis. Voilà votre vrai dilemme [...]. En dépit de
tout, nous sommes toujours l'Amérique, et vous êtes toujours l'Europe. Vous
allez voir nos films, vous lisez nos livres, vous écoutez notre musique, vous
parlez notre langue. Comment pouvez-vous cesser de penser à nous ? Vous nous
voyez et nous entendez tout le temps. Posez-vous la question. Il y a quoi,
après l'Amérique ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relire Emmanuel Todd pour savoir ce qu'il y aura après l'empire.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;L'Homme qui tombe&lt;/em&gt;, de Don DeLillo, Actes Sud, 22 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;a href=&quot;http://table-rase.blogspot.com/2007/06/un-homme-tombe.html&quot;&gt;Pour aller
plus loin...&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Poète velléitaire à l'horizon</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/06/14/Poete-velleitaire-a-lhorizon</link>
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    <pubDate>Sat, 14 Jun 2008 00:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>JdLVdM</category>    
    <description>    &lt;p&gt;De Baudelaire, il a l’ennui et le désir d’ailleurs. Le désir seulement, car
il est de ceux qui restent sur les quais à contempler les navires se fondre peu
à peu dans l’horizon. Cet horizon, c’est &lt;em&gt;L’horizon chimérique&lt;/em&gt; de Jean
de La Ville de Mirmont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De là le ton presque immobile de ce recueil de poèmes semblable à une mer
étale, et ce vers – « Car j’ai de grands départs inassouvis en moi. » – qui
cristallise la tension permanente d’un être qui ne s’accomplit pas. « Aspirer
», « inassouvi », « désir » : ces mots constituent peut-être le vocabulaire de
ce poète velléitaire, incapable de résoudre le dilemme qui l’habite et le
gonfle comme une voile, vers un ailleurs qui se refuse irrémédiablement à lui,
car lui-même se tient dans le fantasme et le désir, et y reste, pour notre plus
grand plaisir : cela le fait écrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean de La Ville de Mirmont a aussi laissé des &lt;em&gt;Contes&lt;/em&gt;, dont la
nature fantastique et parfois le recours à l’allégorie les apparient à des
fables (&lt;em&gt;City of Benares&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Les Pétrels&lt;/em&gt;). D’elles sourd une
mélancolie rêveuse qui sonne comme une promesse d’évasion : en témoigne
&lt;em&gt;L’Orage&lt;/em&gt;, évoquant le tempérament romantique d’une jeune fille sensible
prise dans le carcan de la vie familiale de l'époque. L’humour (souvent
macabre) n’est pas dédaigné par l'auteur, comme dans &lt;em&gt;Entretien avec le
diable&lt;/em&gt;, où l’on apprend comment le narrateur, cherchant à fuir la
monotonie de sa vie et sa lassitude, vend son âme pour une pendule. De beaux
contes, en somme, portés par une écriture fine dont la fluidité sertit quelques
belles images : « Les phares s’allumaient en clignant des yeux, un à un, le
long de la côte. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;a href=&quot;http://www.idiotduvillage.net/post/2008/04/02/La-tombe-de-lauteur-inconnu-02&quot;&gt;&lt;em&gt;Les
dimanches de Jean Dézert&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; également présent dans cette belle édition
(Grasset, « Les Cahiers Rouges »), l'œuvre de cet homme de lettres mort trop
tôt peut enfin revenir dans nos bibliothèques.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;L'horizon chimérique&lt;/em&gt;, de Jean de La Ville de Mirmont, Grasset,
8,40 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Ma petite dose</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/05/01/Ma-petite-dose</link>
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    <pubDate>Thu, 01 May 2008 16:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Jean Freustié</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/jeanfreustie.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Freustié est de retour ! Non pas qu’il ait ressuscité tel Lazare
sortant de son tombeau, mais l’actualité des rééditions le fait revivre en
librairie. La Table Ronde publie ainsi à la petite vermillon une réédition de
son premier roman, &lt;em&gt;Ne délivrer que sur ordonnance&lt;/em&gt;, suivi de
&lt;em&gt;L’Entracte algérien&lt;/em&gt; et d’un entretien avec l’auteur en guise de
postface. Tout cela bâtit un livre de belle tenue qui permet de redécouvrir le
meilleur roman de l’auteur, son premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Algérie, Seconde guerre mondiale, débarquement des alliés : voilà pour le
cadre. Et voici pour la toile : amour, angoisse et drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Médecin militaire que la guerre ne cesse de fuir, Michel trompe son ennui
avec la femme d’un ami, Suzanne, qu’il pourvoit en morphine, ce doux poison
qu’un autre homme lui a fait adorer. Par désœuvrement ou par amour pour sa
maîtresse, on ne sait trop (les deux sans doute), Michel la suit un jour dans
sa descente au paradis artificiel de la morphine : « J’emplis à nouveau la
seringue. Une journée si exceptionnelle justifiait une conduite exceptionnelle.
Je me fis aussi une piqûre, la première. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès lors, l’inexorable engrenage s’ébranle et s’apprête à broyer peu à peu
la conscience d’un être dont la faiblesse est de ne pas se croire suffisamment
fort pour supporter cette chienne de vie. La drogue remplace alors le courage,
et l’euphorie artificielle la joie de vivre, jusqu’au matin où il vomit
littéralement cette vie devenue vice, ce vice qui lui donne de moins en moins
la force de continuer, qui l’oblige à se piquer de plus en plus souvent, ce
vice devenu maître. Dégoût et addiction s’unissent pour le laisser
impuissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel erre d’affectations en nouvelles amours, tout au plus des ports
d’attache où fuir et se mentir, pour espérer le retour de l’espoir, oublier le
départ de Suzanne. Étreint par une angoisse existentielle profondément
prégnante, comme préexistante à toute expérience, Michel est tenaillé entre son
aspiration à un moi idéal et sa culpabilité de n’être que lui-même, incapable
de trouver sa place dans la société coloniale, pas même dans l’armée, lui
l’éternel exilé de la guerre et de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’une ironie sèche, Michel tient le récit de son combat quotidien contre la
drogue et la réalité, un combat sans éclats ni grandes manœuvres, où les jeux
d’alliance sont mouvants : tantôt allié à l’une, tantôt à l’autre, Michel lance
toutes ses forces tout à tour contre la drogue et la réalité, joue le jeu de
l’une contre l’autre et les deux le broient, lui l’éternel perdant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisant dans sa propre expérience de mophinomane, l’auteur – par des phrases
qui tombent sans un faux pli et claquent comme un fouet – révèle la fragilité
d’un homme en proie à la déréliction la plus extrême, réduit aux ruses les plus
viles pour s’approvisionner en drogue, condamné à jouer un drame aux enjeux si
médiocres qu’il lui est devenu impossible de s’élever au-dessus de sa condition
pour trouver le courage de guérir. Une femme qui l’a aimé le dénonce pour son
bien aux autorités militaires. S’annonce alors le difficile retour à la vie, et
la promesse d’une rédemption, voire la tentation de la religion. La fin est
ouverte, à chacun de l’imaginer selon son cœur, où ce chef-d’œuvre a déjà
trouvé sa place.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Ne délivrer que sur ordonnance&lt;/em&gt;, suivi de &lt;em&gt;L'Entracte
algérien&lt;/em&gt;, de Jean Freustié, La Table Ronde, 10 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Je préfère les bonsaïs</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/04/21/Je-prefere-les-bonsais</link>
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    <pubDate>Mon, 21 Apr 2008 23:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Vikram Chandra</category>    
    <description>    &lt;p&gt;La littérature anglaise se nourrit de l’import des anciennes colonies de la
Couronne. À la confluence de cette langue occidentale greffée à des cultures
locales et de l’inspiration protéiforme des auteurs qui émergent de cette
hybridation, on doit une bonne partie du dynamisme de la scène littéraire
anglaise, comme si les liens économiques qui unissent le Commonwealth sont
doublés&lt;br /&gt;
d’une identité littéraire commune, qui s’exprime selon des formes et sur des
sujets avec l’énergie que délivre cette véritable transfusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci pour les généralités. Voilà maintenant le dernier roman de l’Indien
anglophone Vikram Chandra : &lt;em&gt;Le Seigneur de Bombay&lt;/em&gt;. Vous n’avez pas pu
le louper : éditée par Robert Laffont, cette somme d’un millier de pages sur la
ville de Bombay est recouverte de cette couverture en lamé or du plus bel effet
bling-bling, avec vrais-faux impacts de balles pour le soufre du sensationnel.
Écrit en anglais (d’ailleurs, « investigate » se traduit par « enquêter » et
non « investiguer » !), le livre est émaillé de nombreux termes empruntés aux
différentes langues et autres dialectes qui cohabitent en Inde pour former
cette mosaïque aux accents bigarrés. Certains de ces termes font directement
référence à la culture indienne, les autres sont là pour faire « couleur locale
», comme les divers argots qu’emploient certains personnages selon leur
environnement social. Cela nécessite un retour incessant au glossaire en fin de
livre, ce qui devient vite fastidieux : on préfère continuer à lire d’après le
contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre fait référence au roi de la pègre locale dont un inspecteur de
police découvre le corps inerte après qu’il s’est suicidé dans son bunker.
S’ensuit une enquête dont l’enjeu n’est ni plus ni moins que la survie des
vingt-six millions d'habitants de la région de Bombay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour d’une intrigue haletante digne d’une série américaine, tournoie un
ballet de personnages (chorégraphie &lt;em&gt;made in&lt;/em&gt; Bollywood) donnant à voir
Bombay (partant l'Inde) dans tout ce qu’elle a de moins attrayant et de plus
vrai : corruption, criminalité, prostitution, discriminations raciales,
pauvreté et insalubrité des bidonvilles... L’auteur nous propose un parcours
touristique &lt;em&gt;underground&lt;/em&gt;, dans le Bombay des faunes interlopes et de
l’argent facile, des petites misères et des grandes injustices. Le panorama est
assez complet, on aimerait juste que le guide nous laisse plus de temps pour
flâner aux points d’arrêt et saisir la réalité et les personnages autrement
qu’à travers notre polaroïd et avec les doigts boudinés du touriste mal
dégrossi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hélas, Vikram Chandra livre ses personnages avec le mode d’emploi, cet index
des explications livrées clé en mains. Une explication signale toujours une
paresse de l’auteur qui, emporté par son intrigue, ne veut pas perdre le temps
de suggérer, selon la règle d’or du « show but don’t tell ». Et des
explications, il y en a beaucoup dans ce livre épais, tant et si bien que les
personnages dévoilent parfois leurs ficelles de marionnettes, et l’auteur
d’apparaître derrière le rideau de la scène, un panneau de sous-titres à la
main. Le raccourci devient une longueur et entrave le lecteur dans son désir
d’empathie envers les personnages. Et dire que l’auteur sort d’un atelier de
&lt;em&gt;creative writting&lt;/em&gt; ! Ce qui aurait tendance à confirmer un doute
personnel : il ne suffit pas de savoir bâtir une intrigue bien charpentée pour
écrire un livre qui aurait un tant soit peu de tenue littéraire. Peut-être
d’ailleurs qu’il s’agit moins de construction que de destruction : de nos
préjugés, de nos facilités, de nos paresses, des longueurs enfin. Écrire, c’est
choisir ; choisir, c’est élaguer ; un livre est un bonsaï. On voit que je
m’égare. Reprenons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis peut-être injuste : il y a par moments de belles phrases, des images
surprenantes (surprenantes car enchâssées dans une parure grossière), des
instants simplement saisis dans le vif, dans cet intervalle délicat qui sépare
l’éphémère de l’évanescent. Mais tout cela ne justifie pas le Hutch Crossword
Book Award 2006.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Le Seigneur de Bombay&lt;/em&gt;, de Vikram Chandra, Robert Laffont, 24
€.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Rumeur, recompose le monde à ton image</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/04/06/Rumeur-recompose-le-monde-a-ton-image</link>
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    <pubDate>Sun, 06 Apr 2008 18:32:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Ramón Gómez de la Serna</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/rumeur.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« La pluie se mit à taper sur sa machine à écrire. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Rumeur plus que « criaillerie », comme elles sont usuellement traduites, les
&lt;em&gt;Greguerías&lt;/em&gt; sont des précipités de poésie qui renferment dans des
phrases frappées de stupeur les joyeux d’un monde que l’imaginaire lunaire de
Ramón Gómez de la Serna a réenchanté.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Le crépuscule est l’apéritif de la nuit. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet auteur né à Madrid en 1888 a consigné la rumeur de son imagination
depuis l’âge de 22 ans et jusqu’en 1963, année de sa mort. Cette rumeur est
parfois cousue dans la trame même de ses autres livres et perce la page comme
une déflagration, une fulgurance, un point de convergence et de non-retour : un
aboutissement. À l’image des &lt;em&gt;Greguerías&lt;/em&gt;, compilation d’une vie passée
à jeter en l’air des images rémanentes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« La lune est la grande cireuse du parquet des lacs. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ramón Gómez de la Serna snobe le mot vague de &lt;em&gt;réalité&lt;/em&gt;, ou de
&lt;em&gt;réalisme&lt;/em&gt;, ou de &lt;em&gt;vraisemblance&lt;/em&gt;, et martèle les mots qui
prendront en tenaille et la réalité et notre rapport à elle pour la façonner à
leur image, pour la recomposer, et nous avec elle, au sein d’étincelles de
silex.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Taper à la machine : clouer des mots sur le papier. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Greguerías&lt;/em&gt;, de Ramón Gómez de la Serna, Cent pages, 14 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Les Nouveaux Caractères</title>
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    <pubDate>Fri, 28 Mar 2008 16:31:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Charles Dantzig</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/nosvieshatives.gif&quot; /&gt;Prix Jean Freustié et Prix Roger Nimier 2001,
&lt;em&gt;Nos vies hâtives&lt;/em&gt; est un roman polyphonique qui s’agence comme une
mosaïque dont il faudrait s’éloigner de quelques mètres pour en saisir toute
l’ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Dantzig, dans chacun des chapitres qu’il construit à la manière des
pièces d’un vaste puzzle, s’attache à raconter une histoire apparemment fermée
sur elle-même, comme une nouvelle indépendante de ses voisines dans un recueil.
Mais plus on progresse dans le livre, plus on se rend compte que tout est lié,
de ces liens lâches et fragiles que nos existences tissent et lancent au hasard
des rencontres et des circonstances, élaborant à notre insu une nouvelle
comédie humaine. Ainsi, les vies hâtives que l’on croise au détour d’une page
peuvent se retrouver un peu plus loin, simplement évoquées ou vues sous un
autre angle, et interpellent de nouveau notre perception pour bousculer ses
perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’ailleurs, de vies, il s’agirait plutôt de tranches de vies, arrachées par
le scalpel de l’auteur à l’incessante ronde de notre monde moderne, fuyant
toujours plus vite en avant la peur de l’ennui et du silence. Si le titre
n’avait déjà été pris, le livre aurait pu s’appeler &lt;em&gt;Les Caractères&lt;/em&gt;,
tant il est vrai que Charles Dantzig s’y exerce dans un enthousiasme évident à
son sport favori et croque avec plaisir, et même voracité, ces vies aux
caractères et aux personnalités aussi diverses que complexes. Dans sa finesse
d’analyse, l’auteur a le bon goût de ne jamais vouloir proposer d’explications
absolues et nous laisse la marge de manœuvre nécessaire pour lire entre les
lignes et penser ; c’est si rare de nos jours, un livre qui nous laisse
penser…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nos vies hâtives&lt;/em&gt; condense en un joyeux précipité beaucoup de
singularités de Charles Dantzig : son écriture imagée qui invoque des trésors
d’originalité pour donner à voir un monde parallèle, le sien ; la nécessaire
gaieté pour survivre aux souffrances d’une vie et supporter la médiocrité qui
nous environne et nous menace, heureusement compensée par des fulgurances de
beauté (en ce sens, Charles Dantzig peut être vu comme un humaniste déçu par
l’humain, mais qui lui conserve malgré tout ses préférences) ; son érudite
cinéphilie qui nous propose de profondes réflexions sur l’art, donc le roman ;
enfin, malgré des histoires hachées qui morcellent un peu notre progression
dans le livre mais brisent la linéarité de la narration, un plaisir de lecture
jamais démenti.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Nos vies hâtives&lt;/em&gt;, de Charles Dantzig, Le Livre de Poche, 5,50
€.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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