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  <title>L'Idiot du Village - La tombe de l'auteur inconnu</title>
  <link>http://www.idiotduvillage.net/</link>
  <description>la littérature plongée dans la rumeur du monde</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Mon, 12 May 2008 17:56:10 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>La tombe de l'auteur inconnu #02</title>
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    <pubDate>Wed, 02 Apr 2008 20:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>La tombe de l'auteur inconnu</category>
        <category>JdLVdM</category>    
    <description>    &lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/JdLVdM.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
« Ce jeune homme, appelons-le Jean Dézert. » Ainsi commence ce court roman dû à
une &lt;em&gt;gloire&lt;/em&gt; injustement méconnue des lettres françaises : Jean de La
Ville de Mirmont, emporté en 1914 par le déluge de plomb fondu qui coulait
alors dans les tranchées. Quelques mois auparavant, il avait publié dans un
anonymat qui confine à la pudeur 300 exemplaires de ce chef-d’œuvre, le seul
qu’il ait eu le temps de commettre : &lt;em&gt;Les Dimanches de Jean
Dézert&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;Post-moderne avant l’heure, Jean de La Ville de Mirmont nargue les
conventions littéraires qu'il subvertit par la raillerie et affiche un certain
détachement par rapport à la fiction. Puisqu'il faut donner un nom au
personnage principal, autant l'appeler Jean Dézert. Jean Dézert ! Ce nom sonne
comme une fatalité congénitale, une promesse de vacuité. Le premier chapitre,
sobrement intitulé « Définition de Jean Dézert », souligne bien qu’il s’agit
d’un nom – mode d’emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cet avatar de l'immarcescible ennui baudelairien, Jean de La Ville de
Mirmont propose un roman sur rien et s’inscrit de fait sur la liste noire des «
I would prefer not to » qui émaillent la littérature du refus. Consanguinité
thématique avec Melville, dont le « Call me Ishmael » n’est pas sans rappeler
également notre Jean Dézert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un homme résigné, qui « considère la vie comme une salle
d’attente pour voyageurs de troisième classe ». Il est la semaine employé de
ministère, et pas de n’importe lequel : le Ministère de l’Encouragement au Bien
(Direction du Matériel) – « qui fait écho à la bien réelle Société
d’Encouragement au Bien » de l’époque, me souffle le préfacier, Arthur Bernard.
(Le préfacier arrive toujours à temps pour sauver le critique.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine durant, Jean Dézert attend le dimanche, jour plein de vide, qu’il
emploie à suivre les conseils glanés dans les prospectus distribués dans les
rues de Paris, afin qu’autant faire se peut il n’ait pas recourt à son libre
arbitre pour décider de sa vie absurde, forcément absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d’un de ces périples soumis à l’arbitraire du prospectus, il va
rencontrer l’inattendu sous la forme d’une toute jeune femme, Elvire, dont « On
devinait en outre qu’il en aurait fallu beaucoup pour l’étonner, mais peu pour
la distraire. » De cette beauté versatile au caractère un rien gâté, Jean
Dézert va s’enivrer, au point de se fiancer (l’idée n’est pas de lui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il se &lt;em&gt;défiance&lt;/em&gt; (l’idée n’est toujours pas de lui) et trempe
son amertume dans le Léthé des plaisirs, de l’alcool et de la mort. Sa vie de
débauches ne dure que quinze jours, après il n’en peut plus et reprend sa vie
normale, « se sachant de nature interchangeable dans la foule et vraiment
incapable de mourir tout à fait ». Et la calme monotonie des jours qui fuient
reprend son droit sur la vie de cet homme. Fin du roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean de La Ville de Mirmont écrit de ce style calme et mesuré qui donne à
son livre un charme sûr, une élégance intemporelle, à l’image de cette très
belle édition que nous offre &lt;a href=&quot;http://atheles.org/centpages/&quot;&gt;Cent
pages&lt;/a&gt;, dont les livres sont tous signés de cette patte graphique qui fait
de leur maquette un modèle de non-conformisme chic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre &lt;em&gt;to the happy few&lt;/em&gt;, et c’est bien dommage, car il gagnerait
à être lu davantage.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Les Dimanches de Jean Dézert&lt;/em&gt;, de Jean de La Ville de Mirmont, Cent
pages, 12 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>La tombe de l'auteur inconnu #01</title>
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    <pubDate>Sat, 12 Jan 2008 17:36:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>La tombe de l'auteur inconnu</category>
        <category>Alessandro Piperno</category><category>premier roman</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/Piperno.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici venu le moment de tenir cette chronique qui me tenait à cœur &lt;a href=&quot;http://www.idiotduvillage.net/post/2007/09/26/La-tombe-de-lauteur-inconnu&quot;&gt;depuis la rentrée&lt;/a&gt; et qui n’a
eu de cesse d’être reportée par votre serviteur, toujours pris en otage par les
dernières parutions et l’actualité littéraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour son inauguration, je vous propose donc le premier roman d’Alessandro
Piperno, &lt;em&gt;Avec les pires intentions&lt;/em&gt;, paru aux Éditions Liana Levi en
2006, après qu’il fût devenu un best-seller en Italie, comme le précise
l’édition poche sortie récemment. Cependant, bien que grâce à lui son auteur
soit devenu « l’enfant terrible de la littérature italienne » (quand
cessera-t-on d’user de ce poncif éculé ? Et d’ailleurs, quand cessera-t-on de
vendre et de lire un livre pour le scandale dont il se sent obligé de se
parfumer pour séduire et ne pas laisser indifférent ?), il n’a reçu en France
que l’estime de quelques critiques littéraires : peut-être la sortie en poche
accordera-t-elle à ce premier roman le succès commercial qu’il mérite, car (oui
!) c’est un bon livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Sonnino, le narrateur au « je » omniprésent et aux relents sans doute
autobiographiques, spécimen intéressant de juif antisémite, universitaire à
défaut d’être romancier, onaniste adepte de la masturbation publique, obsédé
sentimental et lâche égoïste […], Daniel (donc) nous raconte l’histoire de sa
famille puis celle de sa jeunesse plaquée or parmi la jeunesse platine de la
haute société romaine, respectivement première et seconde parties de ce roman,
même si le découpage est moins formel que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille Sonnino nourrit en son sein une belle galerie de personnalités
truculentes et hautes en couleur, ne serait-ce que le grand-père paternel,
Bepy, éternel optimiste et véritable panier percé, mari volage atteint de
priapisme chronique, grandeur et décadence de la famille suite à une faillite
légendaire, ou encore le père, Luca, globe trotter albinos et dandy à l’instar
du grand-père. Tous ces portraits sont brossés par le narrateur avec la
circonspection d’un timide aux désirs refoulés et à la confiance en berne, avec
l’égoïsme de la jeunesse et la mauvaise foi du ressentiment. Un tel manque
d’empathie de la part du narrateur pourrait rebuter le lecteur, mais il n’en
est rien : le livre tient par les circonvolutions dont Daniel use et abuse pour
déplier le vaste panorama de sa famille et de ses connaissances, si bien qu’on
est pris par cette verve déroutante, à tout moment à la limite du décrochage,
sauvée par les pirouettes baroques de ce styliste insolent, qui s’amuse des
associations de mots les plus insolites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois on s’aperçoit (surtout dans la première partie) que la narration
n’est là que pour servir ces digressions incessantes, des parenthèses de
plusieurs pages, voire plusieurs dizaines de pages, ponctuées par quelques
passages qui impriment le mouvement à l’ensemble. Une telle dynamique est celle
du souvenir et de la réflexion rétrospective, déclenchée par quelques épisodes
à haute persistance mémorielle (voilà une expression que ne renierait pas
Alessandro Piperno). Dès lors, la narration se fait à bâtons rompus. Elle
réussit à émerger de temps en temps de ce lac de souvenirs, pour reprendre son
souffle avant une énième plongée en apnée, à la recherche de quelque
explication qui permettrait au narrateur de tourner la page de son passé. Et à
chaque fois que l’on refait surface, on reconnaît à seulement quelques brasses
de là l’endroit d’où l’on était parti, et l’on se demande – un peu étonné – par
quels chemins détournés on a bien pu passer pour s’enfoncer si profondément
tout en faisant un quasi-surplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette effusion de mots se resserre dans la seconde partie où Daniel en
arrive peu à peu à raconter le drame de son adolescence : Gaia, petite-fille de
l’ex-associé de son grand-père, lui demeure inaccessible, malgré l’amitié qui
les lie. Un calvaire sentimental et une abstinence de cinq ans, couronné par la
crucifixion figurée de Daniel lors de la soirée du dix-huitième anniversaire de
la belle Romaine. Et l’on comprend alors que toutes ces digressions n’étaient
là que pour retarder le souvenir cuisant de cette soirée et l’humiliation
publique, et l’exclusion sociale, dont elle fut l’origine ; mais aussi pour
retourner cette période douloureuse dans tous les sens et essayer en vain de la
comprendre. L’écriture est alors le seul acte possible pour donner un sens et
une forme à ce qui n’en a pas, et l’accepter enfin, à défaut de pouvoir
l’oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier roman n’est pas sans défaut. Outre les méandres dans lesquels il
se perd parfois, mais qui lui donnent aussi sa personnalité (et son charme mal
dégrossi), il possède le travers de tout premier roman : Alessandro Piperno se
sent en effet obligé de dégorger (étaler ?) ses références culturelles comme
s’il devait payer un tribut à ses illustres prédécesseurs, lettres de
recommandation pour entrer dans le cénacle des écrivains reconnus, tic scolaire
de l’universitaire qui croit ainsi conférer à son livre l’alibi culturel qui
passe pour être de la personnalité, alors que ce n’est qu’influences mal
assimilées. Dans la continuité de cet étalage digne d’un premier de classe,
l’auteur intercale trop souvent dans sa prose des mots en français, snobisme
qui fatigue à la longue et guinde une prose par ailleurs joyeusement
irrévérencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces maigres défauts de jeunesse ne sauraient cependant pas faire oublier le
vif plaisir que procure ce livre, puisque pour un premier essai romanesque,
&lt;em&gt;Avec les pires intentions&lt;/em&gt; réussit le tour de force de maintenir sous
tension une écriture dense et alambiquée, et dont les provocations licencieuses
et politiquement incorrectes sont assez légères pour célébrer sans gratuité la
liberté de vivre égoïstement.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Avec les pires intentions&lt;/em&gt;, d'Alessandro Piperno, folio, 7,90 €.&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
P.S. : merci à &lt;a href=&quot;http://www.mikaelhirsch.com/&quot;&gt;Mikaël Hirsch&lt;/a&gt; pour ce
conseil de lecture.&lt;br /&gt;</description>
    
    
    
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    <title>La tombe de l'auteur inconnu</title>
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    <pubDate>Wed, 26 Sep 2007 16:39:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>La tombe de l'auteur inconnu</category>
            
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/./.eau_s.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
« Here lies one whose name was writ in water. » (Ci-gît celui dont le nom était
écrit dans l'eau.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Épitaphe du poète John Keats.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;En cette rentrée bien comme les autres (surchargée), j'aimerais découvrir
des livres inactuels (oubliés), pour les faire revivre l'instant d'une
critique, les tirer de l'anonymat où ils sont tombés, peut-être même réparer
quelques torts : l'Idiot du Village se transformerait-il en justicier des
livres disparus, pourfendeur des grandes injustices littéraires, réhabilitant
artistes incompris et livres maudits ? Peut-être pas (pas jusque là en tout
cas), juste une tentative d'évasion de l'actualité vers les marges et la
pénombre, pour lire sans tendance parasite, se concentrer sur un texte, en
oubliant tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma culture personnelle n'étant somme toute qu'un puits d'ignorance éclairé
ça et là par quelques ampoules, je compte sur vous, amis lecteurs, fidèles de
la première heure ou simples touristes de passage, pour me faire part de livres
inactuels, publiés depuis plus d'un an et qui depuis n'ont pas trouvé un public
à la hauteur de leur qualité...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occasion pour moi de tenir sur ce blog une chronique, genre &amp;quot;La tombe de
l'auteur inconnu&amp;quot;, pour respirer entre deux tranches de rentrée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Crédit photo : &lt;a href=&quot;http://www.galileo-web.com/photoblog/index.php/2006/12/01/jeux-deau/&quot;&gt;Galileo&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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