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  <title>L'Idiot du Village - People</title>
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  <description>la littérature plongée dans la rumeur du monde</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Mon, 12 May 2008 17:56:10 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>Silence post-mortem</title>
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    <pubDate>Mon, 24 Dec 2007 17:47:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>People</category>
        <category>Christian Bourgois</category><category>Julien Gracq</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Julien Gracq est mort samedi, Christian Bourgois jeudi dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux grands noms des lettres françaises, chacun dressé d'un côté du lit
éditorial, nous ont quittés, et ainsi restons-nous amputés de leur présence, et
avant que cette béance ne se referme sur eux, alors que le silence se résilie
dans le lent bruissement respectueux des nécrologies égrainées avec
hommage, se dessine le réconfort de relectures futures et des méditations de
toujours.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Le Livre sur la place (méfiez-vous des vendeurs d'aspirateurs, surtout de ceux qui sont habiles)</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2007/09/24/Le-Livre-sur-la-place-mefiez-vous-des-vendeurs-daspirateurs-surtout-de-ceux-qui-sont-habiles</link>
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    <pubDate>Mon, 24 Sep 2007 10:41:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>People</category>
            
    <description>    &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block; width: 362px; height: 272px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/./.IMG_0023_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;S’est achevée hier la 29&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; édition du
&lt;strong&gt;Livre sur la place&lt;/strong&gt;, « 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; salon national de la
rentrée littéraire », se tenant à Nancy place de la Carrière, sous un long
chapiteau blanc et un soleil d’une brillance estivale anachronique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left; width: 184px; height: 185px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/./.IMG_0033_s.jpg&quot; /&gt;Après une timide ouverture jeudi dernier, le
week-end a vu affluer des hordes compactes de touristes en littérature,
décrivant autour des stands protégeant les auteurs des mouvements osmotiques
d’une lenteur à filer une syncope à toute personne normalement constituée.
Au-dessus des têtes résonnait une voix-off exaspérante rappelant à tous qu’il
fallait s’hydrater et faire attention aux enfants (des fois qu’on aurait pu en
écraser un par mégarde au détour d’une dédicace), tandis qu’on était cisaillé
par des mouvements de foule opposés, ballotté en tout sens, écrasé par des
pieds anonymes. Vous l’aurez donc compris, ce fut un véritable calvaire pour
l’agoraphobe que je suis. Mais que ne ferais-je pas pour acheter un livre orné
d’une dédicace ésotérique difficilement déchiffrable ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’interrompis donc David Foenkinos dans la rédaction d’un
texto (en fait son prochain roman, me révéla-t-il sur le ton de la confidence),
pour disserter avec lui de l’importance du titre pour le devenir d’un roman.
Ainsi, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Qui se souvient de David Foenkinos ?&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;
devait s’appeler à l’origine &lt;em&gt;A la recherche de mon idée perdue&lt;/em&gt;, titre
proustien nettement moins emballant (trop long ?) remplacé à la toute fin
de la rédaction du manuscrit par le titre que tout le monde a désormais sous
les yeux. De toute manière, cela ne vaut pas la force de frappe marketing du
&lt;em&gt;Potentiel érotique de ma femme&lt;/em&gt;, qui pour le coup fut une trouvaille
géniale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Puis vint le tour de deux écrivains des éditions Héloïse
d’Ormesson : Richard Andrieux et Pierre Pelot. J’avoue que la maquette des
livres « H20 » exerce sur moi un pouvoir de fascination qui confine
au fétichisme, notamment en ce qui concerne les deux livres que j’ai
achetés : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;José&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, le premier roman de Richard
Andrieux, et &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les Normales saisonnières&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, le dernier-né
de Pierre Pelot. &lt;em&gt;José&lt;/em&gt; raconte l’histoire d’un garçon de neuf ans qui
vit dans son monde imaginaire et reconstruit la réalité qui l’entoure selon ses
propres mots, tandis que &lt;em&gt;Les Normales saisonnières&lt;/em&gt; montre un homme
seul arrivant en Bretagne, une arme dans son sac, pour retrouver une femme
jadis aimée de lui.&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left; width: 215px; height: 162px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/./.IMG_0041_s.jpg&quot; /&gt; Pierre Pelot (ci-contre sur la photo), vieux
pirate vosgien, m’expliqua que ce livre présentait une écriture particulière.
D’une part, à aucun moment elle ne laisse le lecteur entrer dans la tête des
personnages, qu’on ne peut ainsi comprendre que par leurs actes ou leurs
paroles. D’autre part, la narration repose sur une déconstruction chronologique
visant à mimer notre propre manière de penser et de reconstruire le passé.
L’intériorité de ses personnages glisse ainsi de l’explicite à l’implicite pour
envahir la construction originale de cette histoire, qu’il suffit néanmoins de
laisser venir à soi pour pouvoir la comprendre, a-t-il précisé, peut-être pour
me rassurer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’avais pris avec moi le dernier roman de Charles Dantzig,
&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Je m’appelle François&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, pour le lui faire dédicacer.
J’en profitai pour lui parler de son &lt;em&gt;Dictionnaire égoïste&lt;/em&gt;, des clichés
en littérature et de sa manière bien à lui de les contourner par des images
inédites, de la relecture des classiques, etc. : un échange
enthousiasmant, mais aussi frustrant, car un salon littéraire n’offre pas la
possibilité de discuter vraiment à fond avec un auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 0 1em 1em; float: right; width: 219px; height: 164px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/.IMG_0040_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;Une
poignée de main plus tard, j’étais en possession du dernier roman de Philippe
Claudel (sur la photo ci-contre), &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le rapport de
Brodeck&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, racontant l’histoire d’un survivant des camps chargé par
les habitants d’un petit village de l’Est de la France d’enquêter sur le
lynchage d’un « étranger » juste après la guerre, ou – pour
paraphraser sa dédicace – « une histoire en marge de
l’Histoire ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’avais repéré dans la sélection des premiers romans de la
rentrée effectuée par le Figaro littéraire un livre, celui de Julien
Capron : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Amende honorable&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. On y découvre un
univers bien particulier : une France parallèle où les condamnés à mort
doivent expier l’&lt;em&gt;amande honorable&lt;/em&gt; en attendant la guillotine, où la
ligue terroriste des VII-Epées sème le désordre, où les médias ont cessé de
jouer le quatrième pouvoir pour à la place répéter la vérité du gouvernement.
Un premier roman qui semble très ambitieux. Son auteur eut cependant la
malchance d’être placé pour le Livre sur la place à la droite de Richard
Bohringer, qui fédéra une troupe d’adorateurs hystériques débordant de tout
côté, les flashs des appareils photo crépitaient comme de la grêle sur une
verrière, les gens se pressaient de toute part pour le voir, cet homme dont je
n’ai rien lu, mais que cette attroupement de badauds ridicules m’a à jamais
dissuader de découvrir. Car dans les marges de cette marée humaine se tenait
Julien Capron, devenu invisible et pire encore, inaccessible. Jouant des
coudes, j’arrivai néanmoins à m’approcher pour lui demander son livre. Il parut
surpris qu’on le remarque, qu’on s’intéresse à son roman, avec devant lui une
pile de livres bien ordonnée et, je crois, même pas entamée (alors que
l’après-midi était lui déjà plus qu’entamé) : ai-je été le premier ce
jour-là à lui acheter un exemplaire de son roman ? Malédiction aux
admirateurs de Richard Bohringer !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Pour être totalement exhaustif dans la narration de mes
pérégrinations d’acheteur compulsif, je vais devoir terminer par un épisode qui
illustre ma plus grande faiblesse : je ne sais pas dire non. Je
commencerais par un avertissement : si vous voyez de loin dans un salon
littéraire un stand sur lequel se trouvent des livres des éditions
Hermaphrodite, surtout n’approchez pas, fuyez plutôt ! Car vous risqueriez
de tomber sur cet habile vendeur d’aspirateurs qui m’a alpagué dès que j’ai
touché un de ses livres et dont je n’ai pu me dépêtrer qu’en en lui achetant
deux : le recueil de nouvelles de Jean-Marc Agrati, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Ils m’ont
mis une nouvelle bouche&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, dont j’avais lu des extraits sur
Internet, auxquels je n’avais absolument rien compris (comme il se doit), et
une sorte d’&lt;em&gt;épopée cannibale&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Pancake&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, le
premier roman de Philippe Boisnard, lui aussi habile vendeur d’aspirateurs (au
demeurant fort sympathique). Pour ce prix-là, j’ai eu droit à un exemplaire
gratuit de la revue littéraire &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Hermaphrodite&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (le n°9,
consacré à la science-fiction, chaudement recommandé par Philippe Boisnard
lui-même), d’une perversité définitive : le format de cette revue change à
chaque numéro, obligeant les collectionneurs fétichistes à succomber à une
crise de nerfs terminale. J’ai fait remarquer à mon vendeur d’aspirateurs n°1
(l’éditeur, vraisemblablement) que ce n’était pas très gentil et que j’étais
moi-même un peu extrémiste sur les bords à propos des livres. Je ne sais plus
ce qu’il m’a répondu, mais cela me rappelle qu’il avait essayé de me vendre un
road-movie scatologique, un roman qui s’appelle &lt;em&gt;Viva la merda !&lt;/em&gt;.
Lui révélant que je n’étais pas très axé scato et qu’en la matière, je m’étais
arrêté à Rabelais, il me répondit qu’il s’était lui arrêté à Bataille. Tout
cela pour dire que les éditions Hermaphrodite ont une ligne éditoriale bien à
elles, explorant les marges corporelles de la raison post-humaine, une maquette
super chouette qui m’a fait succomber, et un éditeur qui sait profiter de la
curiosité d’un lecteur avide d’objets littéraires non identifiés, de livres
hors-normes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/./.IMG_0046_s.jpg&quot; /&gt;J’ai donc émergé en fin de journée du chapiteau,
quand même allégé de 130 €, me jurant à moi-même que l’on ne m’y reprendrai
plus, que la prochaine fois, je saurai garder mon sang-froid et ne pas
succomber à la fièvre acheteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Mais je sais bien que jeudi, au &lt;a href=&quot;http://www.publicisdrugstore.com/Website/site/fra_evenements_encours.htm&quot;&gt;Publicis
Drugstore&lt;/a&gt; des Champs, je risque de faire encore des bêtises. La
solution : y aller sans argent.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Soirée au Zango bar (Knud Romer : sa vie, son œuvre)</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2007/09/19/Soiree-au-Zango-bar-Knud-Romer-%3A-sa-vie-son-oeuvre</link>
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    <pubDate>Wed, 19 Sep 2007 17:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>People</category>
        <category>Knud Romer</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left; width: 128px; height: 123px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/knudromer.jpg&quot; /&gt;Nous étions lundi soir au Zango Bar pour
rencontrer Knud Romer, un auteur danois, à l’occasion de la parution en France
de son livre, &lt;em&gt;Cochon d’Allemand&lt;/em&gt;, aux éditions Les Allusifs. Nous,
c’était essentiellement des libraires et des blogueurs, d’ailleurs séparés en
deux groupes distincts à l’étage du Zango Bar, allez savoir
pourquoi. (Pour le compte-rendu people de la soirée, lisez &lt;a href=&quot;http://unpieddansleshowbiz.hautetfort.com/archive/2007/09/18/knud-wrath-et-moi.html&quot;&gt;
Mandor&lt;/a&gt;.) Nous étions néanmoins réunis par l’enthousiasme communicatif de
Marie-Anne Lacoma, l’attachée de presse de la maison, et de l'éditrice Brigitte
Bouchard, et surtout par Knud Romer, qui anima l’apéritif de son inépuisable
faconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginez un émule danois de Bill Murray, parlant un anglais &lt;em&gt;very
fluent&lt;/em&gt; avec beaucoup d’humour et d’aisance, et qui, en nous racontant sa
vie et la manière dont il est venu à l’écriture, parsème son récit de quelques
anecdotes savoureuses qui font flamber sa cote de sympathie auprès d’un public
conquis. En voici un petit résumé approximatif, à partir de mes souvenirs de la
soirée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sa vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l’adolescence, Knud Romer voulait devenir « a poet » (à
prononcer avec l’accent éthéré de l’inspiration que seul l’anglais peut faire
passer). Il avait de cette vocation une image bien romantique, celle du poète
aux semelles de vent, troubadour prenant la route pour aller de bar en taverne
chanter ses vers contre le gîte et le couvert, et qui sait si un jour
(peut-être) n’y rencontrerait-il pas une fille dont l’amour ferait naître
d’autres vers, eux-mêmes à l’origine d’encore plus d’amour, et ainsi de suite
(le tout raconté avec l’autodérision de circonstance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voilà, ses vers ne suscitent pas l’enthousiasme attendu chez les
éditeurs auxquels il les présente. Recevant lettre de refus sur lettre de
refus, il va un jour chez l’un d’entre eux, près à en découdre. Mais c’était
l’heure du déjeuner et il ne trouva personne. À la place, il décida de voler
quelque chose, pour se venger, et ouvrit un tiroir où il découvrit toutes les
lettres qu’il avait envoyées à cette maison d’édition : même pas
ouvertes ! Scandale ! Son sang ne fit qu’un tour (bon, j’exagère un
peu, mais si peu) et il les prit toutes pour les placarder un peu partout dans
les rues de Copenhague (jusque sur les portes d’un institut culturel dont j’ai
oublié le nom, mais c’est l’idée).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nourri par son aspiration à la poésie, il arriva ainsi à l’âge de 35 ans,
sans avoir pu être publié et devenir enfin un poète reconnu, mais surtout sans
savoir faire autre chose qu’écrire. Il demanda alors à un ami de l’aider et
entra ainsi dans une boîte de pub, pour devenir concepteur-rédacteur, métier
qui visiblement ne demande aucune qualification particulière. Il devint bientôt
un homme puissant, gagnant très bien sa vie, mais il n’était toujours pas
heureux, vu que le seul rêve qu’il avait (être publié par l’éditeur de Rilke)
n’était pas réalisé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voulant combler ce désir de produire de la poésie par son instinct de
consommateur, il décida de s’offrir la plus belle chose qu’il n’avait
pas : une paire de Berluti faite sur mesures (à ce propos, une blague qui
sonnait à peu près comme ceci : la première chaussure coûte plus de
10 000 €, la seconde de la paire est gratuite). Mais cela ne le rendit pas plus
heureux (sans blague ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il commença à s’autodétruire : vodka, cocaïne… Il serait alors plus
judicieux de le comparer à Frédéric Beigbeder, puisque Knud Romer décida lui
aussi de se faire virer de son boulot, à la différence près que Beigbeder
écrivit pour se faire virer tandis que Romer se fit virer pour pouvoir écrire.
Et pour se faire virer, il écrivit un article publié dans un grand quotidien
danois dans lequel il dénonça les pratiques douteuses de son agence à propos
d’une campagne de pub bâclée et surfacturée (avec tous les noms à l’appui).
Viré de son travail, de son appartement (suite à une péripétie trop longue à
raconter ici, mais sachez qu’il est question d’un robinet laissé ouvert et de
déchets enfermés dans la cuisine), plaqué par sa copine, il se retrouva dans la
rue, SDF avec des Berluti déglinguées aux pieds, symbole de sa ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c’est alors qu’il rencontra la femme qui l’accompagnait ce soir-là, au
Zango Bar, avec leur enfant en bas âge. Violoniste ou violoncelliste
professionnelle, jouant dans l’orchestre symphonique d’une grande radio
nationale (si j’ai bien compris), elle le soutint dans son aspiration à devenir
un auteur reconnu. Il se mit ainsi à écrire &lt;em&gt;Den som blinker er bange for
døden&lt;/em&gt;, titre original de &lt;em&gt;Cochon d’Allemand&lt;/em&gt; et qui en français
veut dire quelque chose comme « Celui qui regarde la mort sans cligner des
yeux n’a pas peur de mourir » (quelque chose comme ça, hein, je rappelle
que je rapporte tout ça de tête). Il s'agit d'un livre autobiographique dans
lequel Knud Romer dénonce le racisme et la discrimination auxquels lui et sa
mère - d'origine allemande - ont du faire face dans une petite ville danoise
(où l'auteur est né en 1960), encore hantée par le spectre de la Seconde Guerre
Mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son œuvre&lt;/strong&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 0 1em 1em; float: right; width: 154px; height: 243px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/den_son_blinker.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Knud Romer écrit avec beaucoup d’humilité : pour lui, si le lecteur
s’ennuie, ce n’est pas par manque de persévérance ou d’attention, mais par la
faute de l’auteur, qui n’a pas su garder le lecteur jusqu’à la fin de
l’histoire. C’est pourquoi il dit qu’un écrivain doit écrire pour l’autre et
non pour l’auto-célébration de son ego selon une esthétique nombriliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès lors, Knud Romer a pour principe de tailler dans le vif de son
manuscrit, à l’élaguer de toutes les scories grossières, pour n’en garder que
l’essence. D’où un livre qui dans sa traduction française ne fait pas plus de
174 pages. Pour lui, « a good writer is a good reader », en cela
qu’il est (doit être) son premier et plus virulent critique, qui a suffisamment
lu pour savoir reconnaître les maladresses d’écriture : à lui ensuite
d’avoir le courage de remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier (« again
and again and again and […] and again »). Un mauvais auteur serait alors
celui qui s’arrête trop tôt dans le processus de maturation du manuscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Knud Romer accorde beaucoup d'importance à l'échange qui s'installe entre
l'auteur et le lecteur, véritable dialogue intime qui ne peut s'établir qu'en
littérature (contrairement au cinéma qui cible une masse de personnes et non
l'individu même). Il cherche à atteindre l'émotion la plus sincère pour la
communiquer au lecteur et établir ainsi un lien empathique entre eux deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin, le livre lu devient celui du lecteur, unique dans son
interprétation du texte. Le lecteur se l'est approprié et l'a fait sien. A ce
propos, la traduction est également une interprétation et le passage du danois
au français a visiblement évincé une ambiguité concernant la dernière image du
texte, où l'on voit l'auteur dégoupiller une grenade et la lancer dans une
rivière. Dans le texte original, on ne sait pas si ce qu'il jette est la
goupille ou la grenade, le résultat étant alors très différent : dans le
premier cas, c'est l'image de l'auteur qui par son livre se met à nu et
s'expose en un suicide symbolique à son public ; dans le second cas, c'est la
métaphore du scandale provoqué par son livre, du pavé dans la marre qui
éclabousse les consciences et provoque des remous dans la société. Libre
interprétation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le Danemark n'est visiblement pas encore près à
reconnaître le racisme dont ont été victimes les immigrés allemands dans les
décennies qui suivirent la fin de la Seconde Guerre Mondiale, vu que Knud Romer
a rencontré dans sa ville natale à la sortie de son livre une levée de bouclier
négationniste.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon avis sur le livre (à venir)&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais terminé &lt;em&gt;Cochon d'Allemand&lt;/em&gt; dix minutes à peine avant
d'entrer au Zango Bar. La critique arrive bientôt, le temps que mes impressions
décantent et se cristallisent en un texte à peu près argumenté.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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