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  <title>L'Idiot du Village</title>
  <link>http://www.idiotduvillage.net/</link>
  <description>la littérature plongée dans la rumeur du monde</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Mon, 12 May 2008 17:56:10 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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  <item>
    <title>Sade, ou le littérateur pornographe</title>
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    <pubDate>Mon, 12 May 2008 19:55:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Delirium bloguens</category>
        <category>Sade</category>    
    <description>    Certains livres sont lus pour de mauvaises raisons (les extralittéraires), ce
qui sauve parfois leur auteur de l’anonymat, où leur absence de talent (je ne
parle même pas de génie) les aurait sinon confinés.&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Sade, marquis, littérateur et pornographe. Sa philosophie de boudoir
libertin tient plus de la logorrhée puérile d’un agitateur priapique que d’une
œuvre littéraire &lt;em&gt;écrite&lt;/em&gt; : aucune image mais beaucoup de clichés,
aucune pensée mais beaucoup de provocations gratuites, pour &lt;em&gt;choquer&lt;/em&gt;
les bonnes mœurs. Et quel bavardage ! quelle admiration pour sa propre
subversion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’y a rien de plus conformiste que la subversion, toute rébellion tendant
à se muer en ce qu’elle combattait : un système. L’esprit sadien n’est qu’une
combinatoire de toutes les possibilités de plaisir offertes par le corps
humain, une combinatoire purement mécanique, toute desséchée, sans aucune
sensualité ni créativité. La sensualité est à la sexualité ce que l’érotisme
est à la pornographie : une étincelle d’art dans un peu de vie. Le sexe est ici
réduit au simple rôle d’arme transgressive : il devient d’un ennui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand les plaisirs indolores sont épuisés, ou plutôt quand ils l'ont
épuisé, Sade a recourt à la cruauté pour divertir son indifférence : la
puérilité est le premier masque des monstres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &lt;em&gt;La philosophie dans le boudoir&lt;/em&gt; vaut d’être lue à voix
haute, pour rire entre amis de ce ridicule marquis (et c'est encore trop le
flatter).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Qu'est devenue la critique avant-courrière ?</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/05/05/Quest-devenue-la-critique-avant-courriere</link>
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    <pubDate>Mon, 05 May 2008 22:35:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Extraits</category>
        <category>Sainte-Beuve</category>    
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Le développement du romantisme français va faire les beaux jours de la
critique en donnant à la querelle des anciens et des modernes, récurrente dans
l’histoire intellectuelle de la nation depuis la fin du XVIIe siècle, un
renouveau d’actualité. De plus, dans le cadre d’une promotion du statut de
l’écrivain, qui, comme l’a montré Paul Bénichou, est appelé à assumer une
partie des fonctions du prêtre, la fonction même de critique bénéficie d’une
revalorisation en ce qu’elle aide à la constitution d’un terreau favorable à la
création, qu’elle prépare, loin de se borner à l’accompagner en parasite ; le
temps de la « critique avant-courrière » peut revenir et Saint-Beuve songer à
revêtir le costume d’un nouveau Boileau. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« [Sainte-Beuve] amorce une inflexion des missions de la critique, non plus
tournée seulement vers la glorification du passé ni même vers son étude
objective, mais qu’il ne tarde pas à définir lui-même comme « avant-courrière »
en ce qu’elle se donne pour fonction d’annoncer les nouveaux talents et de les
faire valoir. Plusieurs années durant, Sainte-Beuve consacre son activité
critique dans la Revue des Deux Mondes à deux tâches complémentaires, qu’il
considère comme l’exemple de cette nouvelle critique militante : évaluer la
place actuelle des auteurs classiques et faire ressortir le génie de Victor
Hugo (du moins jusqu’à leur brouille). […] C’est ainsi que, pour un temps,
critiques et créateurs travaillent main dans la main à l’avènement d’une
littérature nouvelle. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Thomas Nordmann, « La &amp;quot;relation critique&amp;quot; au XIXe siècle », in
&lt;em&gt;Histoire de la France littéraire&lt;/em&gt; (volume 3 : &lt;em&gt;Modernités XIXe - XXe
siècle&lt;/em&gt;), volume dirigé par Patrick Berthier et Michel Jarrety, p. 454, 455
et 458, PUF, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Annoncer les nouveaux talents et les faire valoir » : qu'est-elle devenue,
cette « critique avant-courrière » ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique contemporaine a trop tendance à niveler la valeur des livres par
un relativisme énervant. Elle se borne le plus souvent (à part pour les
mastodontes attendus) à restituer une impression de lecture, indépendamment de
l'ambition et de la portée du livre, et je ne parle même pas du style de
l'auteur. Un résumé en quelque sorte, nuancé par des jugements ponctuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Même si le jeu du temps est indispensable pour faire disparaître par érosion
les livres mineurs et faciliter par ce recul le travail du critique, il n'en
demeure pas moins que j'aime à croire en la possibilité d'une critique
avant-courrière avançant parallèlement à la ligne des écrivains, chacun sur une
rive de ce fleuve d'encre dont les hydrographes seraient bien en peine de
prédire les crues futures.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Ma petite dose</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/05/01/Ma-petite-dose</link>
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    <pubDate>Thu, 01 May 2008 16:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Jean Freustié</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/jeanfreustie.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Freustié est de retour ! Non pas qu’il ait ressuscité tel Lazare
sortant de son tombeau, mais l’actualité des rééditions le fait revivre en
librairie. La Table Ronde publie ainsi à la petite vermillon une réédition de
son premier roman, &lt;em&gt;Ne délivrer que sur ordonnance&lt;/em&gt;, suivi de
&lt;em&gt;L’Entracte algérien&lt;/em&gt; et d’un entretien avec l’auteur en guise de
postface. Tout cela bâtit un livre de belle tenue qui permet de redécouvrir le
meilleur roman de l’auteur, son premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Algérie, Seconde guerre mondiale, débarquement des alliés : voilà pour le
cadre. Et voici pour la toile : amour, angoisse et drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Médecin militaire que la guerre ne cesse de fuir, Michel trompe son ennui
avec la femme d’un ami, Suzanne, qu’il pourvoit en morphine, ce doux poison
qu’un autre homme lui a fait adorer. Par désœuvrement ou par amour pour sa
maîtresse, on ne sait trop (les deux sans doute), Michel la suit un jour dans
sa descente au paradis artificiel de la morphine : « J’emplis à nouveau la
seringue. Une journée si exceptionnelle justifiait une conduite exceptionnelle.
Je me fis aussi une piqûre, la première. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès lors, l’inexorable engrenage s’ébranle et s’apprête à broyer peu à peu
la conscience d’un être dont la faiblesse est de ne pas se croire suffisamment
fort pour supporter cette chienne de vie. La drogue remplace alors le courage,
et l’euphorie artificielle la joie de vivre, jusqu’au matin où il vomit
littéralement cette vie devenue vice, ce vice qui lui donne de moins en moins
la force de continuer, qui l’oblige à se piquer de plus en plus souvent, ce
vice devenu maître. Dégoût et addiction s’unissent pour le laisser
impuissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel erre d’affectations en nouvelles amours, tout au plus des ports
d’attache où fuir et se mentir, pour espérer le retour de l’espoir, oublier le
départ de Suzanne. Étreint par une angoisse existentielle profondément
prégnante, comme préexistante à toute expérience, Michel est tenaillé entre son
aspiration à un moi idéal et sa culpabilité de n’être que lui-même, incapable
de trouver sa place dans la société coloniale, pas même dans l’armée, lui
l’éternel exilé de la guerre et de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’une ironie sèche, Michel tient le récit de son combat quotidien contre la
drogue et la réalité, un combat sans éclats ni grandes manœuvres, où les jeux
d’alliance sont mouvants : tantôt allié à l’une, tantôt à l’autre, Michel lance
toutes ses forces tout à tour contre la drogue et la réalité, joue le jeu de
l’une contre l’autre et les deux le broient, lui l’éternel perdant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisant dans sa propre expérience de mophinomane, l’auteur – par des phrases
qui tombent sans un faux pli et claquent comme un fouet – révèle la fragilité
d’un homme en proie à la déréliction la plus extrême, réduit aux ruses les plus
viles pour s’approvisionner en drogue, condamné à jouer un drame aux enjeux si
médiocres qu’il lui est devenu impossible de s’élever au-dessus de sa condition
pour trouver le courage de guérir. Une femme qui l’a aimé le dénonce pour son
bien aux autorités militaires. S’annonce alors le difficile retour à la vie, et
la promesse d’une rédemption, voire la tentation de la religion. La fin est
ouverte, à chacun de l’imaginer selon son cœur, où ce chef-d’œuvre a déjà
trouvé sa place.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Ne délivrer que sur ordonnance&lt;/em&gt;, suivi de &lt;em&gt;L'Entracte
algérien&lt;/em&gt;, de Jean Freustié, La Table Ronde, 10 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le dictionnaire, une invention bien française</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/04/25/Le-dictionnaire-une-invention-bien-francaise</link>
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    <pubDate>Fri, 25 Apr 2008 23:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Actualité</category>
        <category>Denis Tillinac</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Le dictionnaire doit être une invention française, tant il est vrai que nous
en avons la passion. J'ai déjà (trop) parlé de &lt;a href=&quot;http://www.idiotduvillage.net/post/2007/09/11/Commencer-par-la-fin&quot;&gt;celui&lt;/a&gt; qui occupe ma table de
chevet, qui s'y incruste jusque tard dans la nuit. Il y en a d'autres, par
exemple le &lt;em&gt;Dictionnaire amoureux de la France&lt;/em&gt; de &lt;a href=&quot;http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/04/25/en-video-tillinac-schifres-pourquoi-nous-aimons-la-france&quot;&gt;
Denis Tillinac&lt;/a&gt; (oui, celui de La Table Ronde), qui me tentent assez. A la
différence du roman et de sa lecture linéaire, un dictionnaire se savoure par
bouchées prises au hasard... qui en appellent d'autres... jusqu'à
l'indigestion. Et on recommence, juste après le digestif (mettons quelques vers
d'un poète léger, ou les morceaux de choix d'un nouvelliste aérien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cependant l'impression qu'à côté des ouvrages &lt;em&gt;réellement&lt;/em&gt;
écrits, s'entassent sur les étalages de nos librairies (par mode, par facilité,
par intérêt) de plus en plus de ces livres formatées sur le concept astucieux
et rentable de la culture générale appréhendée d'une manière ludique et
décalée, ce qui fait d'eux des ouvrages de curiosité, à la profondeur hélas
vite épuisée. Comme toujours, les pépites ne sortent pas sans leur gangue.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Je préfère les bonsaïs</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/04/21/Je-prefere-les-bonsais</link>
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    <pubDate>Mon, 21 Apr 2008 23:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Vikram Chandra</category>    
    <description>    &lt;p&gt;La littérature anglaise se nourrit de l’import des anciennes colonies de la
Couronne. À la confluence de cette langue occidentale greffée à des cultures
locales et de l’inspiration protéiforme des auteurs qui émergent de cette
hybridation, on doit une bonne partie du dynamisme de la scène littéraire
anglaise, comme si les liens économiques qui unissent le Commonwealth sont
doublés&lt;br /&gt;
d’une identité littéraire commune, qui s’exprime selon des formes et sur des
sujets avec l’énergie que délivre cette véritable transfusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci pour les généralités. Voilà maintenant le dernier roman de l’Indien
anglophone Vikram Chandra : &lt;em&gt;Le Seigneur de Bombay&lt;/em&gt;. Vous n’avez pas pu
le louper : éditée par Robert Laffont, cette somme d’un millier de pages sur la
ville de Bombay est recouverte de cette couverture en lamé or du plus bel effet
bling-bling, avec vrais-faux impacts de balles pour le soufre du sensationnel.
Écrit en anglais (d’ailleurs, « investigate » se traduit par « enquêter » et
non « investiguer » !), le livre est émaillé de nombreux termes empruntés aux
différentes langues et autres dialectes qui cohabitent en Inde pour former
cette mosaïque aux accents bigarrés. Certains de ces termes font directement
référence à la culture indienne, les autres sont là pour faire « couleur locale
», comme les divers argots qu’emploient certains personnages selon leur
environnement social. Cela nécessite un retour incessant au glossaire en fin de
livre, ce qui devient vite fastidieux : on préfère continuer à lire d’après le
contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre fait référence au roi de la pègre locale dont un inspecteur de
police découvre le corps inerte après qu’il s’est suicidé dans son bunker.
S’ensuit une enquête dont l’enjeu n’est ni plus ni moins que la survie des
vingt-six millions d'habitants de la région de Bombay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour d’une intrigue haletante digne d’une série américaine, tournoie un
ballet de personnages (chorégraphie &lt;em&gt;made in&lt;/em&gt; Bollywood) donnant à voir
Bombay (partant l'Inde) dans tout ce qu’elle a de moins attrayant et de plus
vrai : corruption, criminalité, prostitution, discriminations raciales,
pauvreté et insalubrité des bidonvilles... L’auteur nous propose un parcours
touristique &lt;em&gt;underground&lt;/em&gt;, dans le Bombay des faunes interlopes et de
l’argent facile, des petites misères et des grandes injustices. Le panorama est
assez complet, on aimerait juste que le guide nous laisse plus de temps pour
flâner aux points d’arrêt et saisir la réalité et les personnages autrement
qu’à travers notre polaroïd et avec les doigts boudinés du touriste mal
dégrossi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hélas, Vikram Chandra livre ses personnages avec le mode d’emploi, cet index
des explications livrées clé en mains. Une explication signale toujours une
paresse de l’auteur qui, emporté par son intrigue, ne veut pas perdre le temps
de suggérer, selon la règle d’or du « show but don’t tell ». Et des
explications, il y en a beaucoup dans ce livre épais, tant et si bien que les
personnages dévoilent parfois leurs ficelles de marionnettes, et l’auteur
d’apparaître derrière le rideau de la scène, un panneau de sous-titres à la
main. Le raccourci devient une longueur et entrave le lecteur dans son désir
d’empathie envers les personnages. Et dire que l’auteur sort d’un atelier de
&lt;em&gt;creative writting&lt;/em&gt; ! Ce qui aurait tendance à confirmer un doute
personnel : il ne suffit pas de savoir bâtir une intrigue bien charpentée pour
écrire un livre qui aurait un tant soit peu de tenue littéraire. Peut-être
d’ailleurs qu’il s’agit moins de construction que de destruction : de nos
préjugés, de nos facilités, de nos paresses, des longueurs enfin. Écrire, c’est
choisir ; choisir, c’est élaguer ; un livre est un bonsaï. On voit que je
m’égare. Reprenons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis peut-être injuste : il y a par moments de belles phrases, des images
surprenantes (surprenantes car enchâssées dans une parure grossière), des
instants simplement saisis dans le vif, dans cet intervalle délicat qui sépare
l’éphémère de l’évanescent. Mais tout cela ne justifie pas le Hutch Crossword
Book Award 2006.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Le Seigneur de Bombay&lt;/em&gt;, de Vikram Chandra, Robert Laffont, 24
€.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Fusée dans la nuit</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/04/18/Fusee-dans-la-nuit</link>
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    <pubDate>Fri, 18 Apr 2008 23:35:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Extraits</category>
        <category>Baudelaire</category>    
    <description>    Après l’écriture automatique, la lecture automatique : lire ce qui nous passe
sous les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Je crois que j’ai déjà écrit dans mes notes que l’amour ressemblait fort à
une torture ou à une opération chirurgicale. Mais cette idée peut être
développée de la manière la plus amère. Quand même les deux amants seraient
très épris et très pleins de désirs réciproques, l’un des deux sera toujours
plus calme ou moins possédé que l’autre. Celui-là, ou celle-là, c’est
l’opérateur, ou le bourreau ; l’autre, c’est le sujet, la victime.
Entendez-vous ces soupirs, préludes d’une tragédie de déshonneur, ces
gémissements, ces cris, ces râles ? Qui ne les a proférés, qui ne les a
irrésistiblement extorqués ? Et que trouvez-vous de pire dans la question
appliquée par de soigneux tortionnaires ? Ces yeux de somnambule révulsés, ces
membres dont les muscles jaillissent et se roidissent comme sous l’action d’une
pile galvanique, l’ivresse, le délire, l’opium, dans leurs plus furieux
résultats, ne vous en donneront certes pas d’aussi affreux, d’aussi curieux
exemples. Et le visage humain, qu’Ovide croyait façonné pour refléter les
astres, le voilà qui ne parle plus qu’une expression de férocité folle, ou qui
se détend dans une espèce de mort. Car, certes, je croirais faire un sacrilège
en appliquant le mot : extase à cette sorte de décomposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Épouvantable jeu où il faut que l’un des joueurs perde le gouvernement de
soi-même !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois il fut demandé devant moi en quoi consistait le plus grand plaisir
de l’amour. Quelqu’un répondit naturellement : à recevoir, – et un autre : à se
donner. – Celui-ci dit : plaisir d’orgueil ! – et celui-là : volupté d’humilité
! Tous ces orduriers parlaient comme l’&lt;em&gt;Imitation de J[ésus]-C[hrist]&lt;/em&gt;.
– Enfin il se trouva un impudent utopiste qui affirma que le plus grand plaisir
de l’amour était de former des citoyens pour la patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je dis : la volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude
de faire le &lt;em&gt;mal&lt;/em&gt;. – Et l’homme et la femme savent de naissance que dans
le mal se trouve toute volupté. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Charles Baudelaire, &lt;em&gt;Fusées&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Journaux intimes&lt;/em&gt;, in
&lt;em&gt;Œuvres complètes&lt;/em&gt; (tome 1), Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade
».&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Qu'il est usant ! ce prince de l'amertume... Il s'y vautre, il s'y prélasse.
(On s'en lasse.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son art naît d'une tension entre - d'une part - son aspiration à la vertu et
- d'autre part - ce désir qui le dévore et lui dérobe son plaisir, pour le
remplacer par la souffrance et l'angoisse auxquelles il vouera un culte
obscène. (Il pense sans doute que ça lui donne de la personnalité.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son imaginaire sombre et baroque ne cache pas le ton prude qu'il emploie à
propos de la morale décadente du bourgeois (intransigeance du nouveau converti,
qui prêche les foules de sa harangue trop bien apprise pour ne pas finir en
dogme), ce qui fait dire à Charles Dantzig dans son dictionnaire que c'est un «
puceau intellectuel » : « Le puceau intellectuel se caractérise par des
indignations sur des choses sans importance, une prétention à tout connaître de
la vie sans en rien savoir, et des éclairs de génie. » Vous avez dit
&lt;em&gt;adolescent&lt;/em&gt; ? Adolescent cabotin. Et dandy !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À ce propos, dans &lt;em&gt;Mon cœur mis à nu&lt;/em&gt;, toujours dans ses &lt;em&gt;Journaux
intimes&lt;/em&gt;, il dit une chose délicieuse :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« La femme est le contraire du Dandy.&lt;br /&gt;
Donc elle doit faire horreur.&lt;br /&gt;
La femme a faim et elle veut manger. Soif, et elle veut boire.&lt;br /&gt;
Elle est en rut et elle veut être foutue.&lt;br /&gt;
Le beau mérite !&lt;br /&gt;
La femme est &lt;em&gt;naturelle&lt;/em&gt;, c’est-à-dire abominable.&lt;br /&gt;
Aussi est-elle toujours vulgaire, c’est-à-dire le contraire du Dandy. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais soudain un doute m'étreint : vous en connaissez, vous, des femmes
dandies ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Chroniques p(h)arisiennes ou les sept plaies du roman français</title>
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    <pubDate>Mon, 14 Apr 2008 21:31:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Actualité</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il ne se passe plus une journée sans que la littérature française
contemporaine soit recouverte d’une nouvelle couche de béton, seul linceul dont
on veut bien (encore) la recouvrir. Chaque fois on croit que ce sera la
dernière, mais la traîtresse n’en finit pas de mourir, alors on recommence,
inlassablement.&lt;img style=&quot;margin: 0 0 1em 1em; float: right; width: 100px; height: 119px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/RichardMillet.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue, sur une estrade, un &lt;a href=&quot;http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/04/12/moi-contre-le-reste-du-monde/&quot;&gt;écrivain
talentueux&lt;/a&gt; se drape dans une pensée en lambeaux – « c’est ton orgueil que
je vois à travers » lui dit un passant, mais cet écrivain n’écoute déjà plus,
puisqu’il hurle au loup contre les hyènes et, victime du complexe du martyr,
s’oint du crachat de la foule. À trop s’élever contre les cons, on finit
soi-même vieux con.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/44couv_kiosk.jpg&quot; /&gt;Las d’enterrer sa proie, un magazine culturel
connecté (ne cherchez pas, il n’y en a qu’&lt;a href=&quot;http://www.chronicart.com/&quot;&gt;un&lt;/a&gt;) la déterre pour exhiber la purulence de
ses plaies, la putréfaction de ses traits. Il inaugure ce mois-ci une chronique
en sept épisodes sur « les 7 plaies du roman français ». Premier épisode : « Le
Roman de normalienne ». Ludovic Barbiéri y éreinte le roman de Judith Bernard
&lt;em&gt;Qui trop embrasse&lt;/em&gt;, paru chez Stock. C’est pour l’exemple, nous dit-on,
elle l’a bien mérité. Peut-être, sans doute même, j’en conviens… mais une
double page ne serait-elle pas mieux employée à défendre un auteur qui le
mérite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand cessera-t-on de se lamenter ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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