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  <title>L'Idiot du Village - Enki Bilal</title>
  <link>http://www.idiotduvillage.net/</link>
  <description>la littérature plongée dans la rumeur du monde</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Mon, 12 May 2008 17:56:10 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>Le monstre se réveille</title>
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    <pubDate>Tue, 08 Jan 2008 20:01:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>BD</category>
        <category>Enki Bilal</category>    
    <description>    &lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/Monstre.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
Dans ce vortex impossible à résumer qu’est la &lt;em&gt;Tétralogie du Monstre&lt;/em&gt;,
Enki Bilal entrelace les destinées de trois orphelins – Nike, Amir et Leyla –
nés au cours du siège de Sarajevo et dont la séparation est à l’image de
l’écartèlement de la Yougoslavie, pays natal de l’auteur. Ces trois déracinés
auront chacun un rôle à jouer dans cette anticipation hallucinée des horreurs
que promet le XXIème siècle.&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;Dans sa démarche artistique, Enki Bilal cherche à interroger au plus prêt la
mémoire et son rôle dans la construction identitaire. Mémoire d’une part
individuelle, à travers le personnage de Nike (anagramme d’Enki) dont la
mémoire prodigieuse lui permet de remonter le temps jusqu’à ses premiers jours,
où il jura de protéger le trio qu’il forme avec ses compagnons d’orphelinat ;
il n’aura de cesse dès lors de les retrouver. Mémoire d’autre part collective,
puisque la culture et la pensée humaines s’appuient sur la nécessaire
transmission des savoirs, alors que l’&lt;em&gt;Obscurantis Order&lt;/em&gt;, un
groupuscule terroriste mené par Optus Warhole, Artiste du Mal Suprême (sic), a
lancé une croisade insensée contre la civilisation et en menace les bases
identitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrorisme imprime donc sa violence à la toile de fond de cette saga et
exprime ses pires incarnations : déshumanisation et instrumentalisation des
fanatiques, régime de la terreur mondialisée, haine de la raison et passion
pour la folie absolue… Mais Enki Bilal n’en reste pas là et transforme la
violence et le mal en vecteurs d’une expression artistique démesurée, célébrée
par des happenings baroques qui échappent à la morale et même à la raison, pour
orbiter sur des trajectoires déconnectées de toutes ces notions mais centrées
sur l’esthétisme comme critère absolu de jugement : une critique de l’art comme
totalitarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce climat de peur et de violence naît un profond sentiment d’insécurité
qui confine à la paranoïa, dans la manipulation parasite des identités et le
jeu des simulacres auxquels s’amuse le personnage d’Optus Warhole, lui-même en
quête de ses origines (et de celles de l’espèce humaine par la même occasion).
De cette réalité brouillée et en manque de repères, surgit le besoin vital de
vérité et de rassembler les fragments d’une identité écartelée par notre
Artiste du Mal Suprême. Cet univers en pleine déréliction, aux contours
mouvants et incertains, est superbement retranscrit par le trait d'Enki Bilal,
qui délaisse la ligne claire au profit d'un dessin très fouillé et comme jamais
achevé, délimité, pour mieux exprimer l'incertaine vision que nous laisse la
réalité, cette maîtresse insaisissable qui se pare de mirages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatrième et dernier tome, invité surprise de la trilogie initialement
prévue, instille une touche d’espoir qui éclaircit la noirceur de l’univers
d’Enki Bilal, comme si la violence des tomes précédents devait être équilibrée
par un peu de lumière. L’amour vient alors proposer une signification modeste à
toute cette absurdité : ce n’est pas de refus.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;La Tétralogie du Monstre&lt;/em&gt;, d'Enki Bilal, Casterman, 54,95 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Retour sur Enki</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/01/05/Retour-sur-Enki</link>
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    <pubDate>Sat, 05 Jan 2008 10:23:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>BD</category>
        <category>Enki Bilal</category>    
    <description>&lt;p&gt;L'intégrale de la &lt;em&gt;Tétralogie du Monstre&lt;/em&gt; a paru en novembre dernier.
Je l'ai lue d'une traite dans la nuit du 31 décembre au premier janvier (32
décembre ?), mais avant de vous en parler ici, j'aimerais vous donner à lire ce
que j'écrivais, du temps où j'officiais sur &lt;a href=&quot;http://lillettre.blogspot.com&quot;&gt;L'Illettré&lt;/a&gt;, à propos de l&lt;span&gt;a
&lt;em&gt;Trilogie Nikopol&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;, pour mieux saisir les récurrences dans
l'œuvre magistrale d'Enki Bilal.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/Nikopol.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intégrale comprend &lt;em&gt;La Foire aux Immortels&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;La Femme
Piège&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Froid Équateur&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment aborder cette œuvre sous un angle original ? Comment lui faire dire
quelque chose que personne ne lui a fait dire jusqu'à présent ? Comment ne pas
répéter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ces interrogations légitimes que je commence cette critique, tant
il est vrai que cette saga culte, qui précipite dans un même maelström un
foisonnement de thèmes et de problématiques, a fait couler d'encre depuis la
parution de son premier tome en 1992. Dès lors, on est tenté de garder un
silence respectueux face à l'œuvre, et de la laisser s'exprimer dans le
ravissement du regard qu'elle suscite chez le lecteur, loin de la fadeur de
mots qui ne sauraient saisir, restituer la trouble poésie que dégage ce
triptyque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-être par la poésie que j'aborderai finalement la &lt;em&gt;Trilogie
Nikopol&lt;/em&gt;. Choix qui paraît rétrospectivement d'une lumineuses évidence, ne
serait-ce que par les nombreuses références à Baudelaire que le héros tragique
Nikopol invoque et psalmodie inlassablement pour conjurer l'absurdité de son
sort. Poésie également dans le fatal immobilisme du dessin de Bilal, captation
de l'évanescence du désir et de la prégnance des peurs, tentative d'imprimer
sur la rétine du lecteur, de saisir avant qu'elles ne s'échappent quelques
fugitives visions gorgées de beauté et de cruauté. C'est avant tout par la
puissance évocatrice de ces images que la poésie surgit au détour d'une page
sous le trait de crayon du maître.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette saga est aussi et surtout une tragédie dans laquelle les hommes,
gouvernés par leurs passions destructrices, sont le jouet de dieux dont les
desseins restent nimbés d'une aura nébuleuse. Les êtres humains sont autant de
pièces sur un échiquier divin et colossal mu par une logique improbable. Et
face à la fatalité de la condition humaine, les personnages esquissés par Bilal
n'ont d'autre choix que la fuite ou l'oubli que procurent les drogues et
l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans une humanité que la technique et la modernité défigurent pour
mieux en faire ressurgir l'humaine origine du mal et de la violence, dans un
monde déréglé, ivre de sa propre folie, où les êtres courent après leurs désirs
et parfois en quête de sens, dans cet univers que seul l'imaginaire torturé de
Bilal pouvait faire surgir, l'unique empathie qui persiste entre deux individus
est encore la fulgurance du sexe aux lendemains incertains, jouissance d'autant
plus éphémère qu'on la sait condamnée. Et c'est peut-être dans cette étreinte
de deux êtres à la dérive et sans repère que la poésie de Bilal est la plus
prégnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers les paysages imaginaires brossés avec talent tout au long de ces
trois tomes, on sent que pour Bilal les hommes ont perdu ce rapport originel au
monde qui les définissait en tant qu'êtres humains et mortels. A force
d'arrogance, les hommes se sont érigés au rang de dieux, des dieux
malheureusement trop humains pour être à la hauteur de leur responsabilité. Et
c'est pourquoi les vrais divinités à l'origine de tant de gâchis descendent
finalement sur Terre pour guider les hommes sur le chemin de la raison et de la
rédemption.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;La Trilogie Nikopol&lt;/em&gt;, d'Enki Bilal, Casterman, 39,95 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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