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  <title>L'Idiot du Village - Philippe Claudel</title>
  <link>http://www.idiotduvillage.net/</link>
  <description>la littérature plongée dans la rumeur du monde</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Tue, 08 Jul 2008 17:15:46 +0200</pubDate>
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    <title>L'inversion du Tentateur</title>
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    <pubDate>Mon, 22 Oct 2007 09:18:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Philippe Claudel</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block; width: 216px; height: 347px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/Brodeck.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;em&gt;Le Tentateur&lt;/em&gt; d’Hermann Broch est une fable sur la
montée en puissance du fascisme dans l’Europe de l’entre-deux guerres,
l’histoire d’un immigré italien qui va semer les germes de la discorde dans un
petit village autrichien et fanatiser les plus influençables de ses habitants,
jusqu’au drame final.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le dernier Philippe Claudel, sobrement intitulé &lt;em&gt;Le
rapport de Brodeck&lt;/em&gt; (Stock), peut être vu comme une inversion tristement
belle et bien écrite de la figure du &lt;em&gt;Tentateur&lt;/em&gt;. Ici, il ne s’agit pas
de dévoyer les habitants d’un village autrichien, mais de révéler la noirceur
de l’âme humaine à ceux d’un autre village, perdu dans la combe d’une frontière
inconnue (la frontière franco-allemande, même si rien ne le précise), isolé
dans une bulle temporelle depuis la fin de la guerre (la Seconde Guerre
Mondiale, même si rien ne le précise).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;L’émissaire de cette révélation, de ce dévoilement, est un
individu étrange, curieusement accoutré, surnommé par la plupart des villageois
l’&lt;em&gt;Anderer&lt;/em&gt;, ce qui dans leur dialecte signifie « l’Autre »,
et dont on ne connaîtra jamais le nom. Il est arrivé un jour au village, venant
de nulle part, et s’y est établi, sans paraître vouloir en repartir. Il prend
des notes, dessine sur son carnet. Observe. Et cela ne plaît pas à tout le
monde, car chacun a ses petits secrets et ses grandes hontes, qui remontent à
cette guerre finie depuis à peine un an.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Brodeck est chargé par les villageois d’écrire le
&lt;em&gt;Rapport&lt;/em&gt; sur l’&lt;em&gt;Ereigniës&lt;/em&gt;, « la chose qui s’est
passée », le meurtre de l’étranger, son lynchage, dans l’auberge où il
logeait, par la plupart des hommes du village. Brodeck, lui, est arrivé sur les
lieux juste après l’&lt;em&gt;Ereigniës&lt;/em&gt; et on le charge d’en faire un rapport
pour l’Administration, afin d’expliquer, mais surtout d’excuser, les
coupables.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Parallèlement à ce rapport, Brodeck tient le récit qui
formera ce livre, où se mêlent son enquête pour comprendre l’&lt;em&gt;Ereigniës&lt;/em&gt;
et son passé, dans lequel ses souvenirs du camp durant la guerre tiennent une
part importante.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;&quot;&gt;Ce roman emprunte le ton de la fable pour dire le
monstre humain. En effet, aucune allusion directe n’est faite au contexte
historique de la Seconde Guerre Mondiale, aucun nom n’est cité, rien.
L’utilisation judicieuse du dialecte de ce village pour nommer les Allemands,
les Juifs, les camps de concentration, etc., confère au propos une universalité
qui tend à extraire du cas historique une leçon sur le genre humain. Ce n’est
d’ailleurs pas pour rien que le roman s’ouvre et se ferme sur une fable qui
entretient d’étranges résonances avec l’histoire personnelle du narrateur, ni
qu’on y parle beaucoup par paraboles et allégories.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;&quot;&gt;Brodeck va donc découvrir au fil de son enquête
les soubassements de méfiance et de lâcheté qui ont poussé les villageois à
commettre l’irréparable, se débarrasser de l’intrus, de celui qui leur renvoie
au visage leur propre reflet, de celui aussi qui rappelle trop le souvenir des
&lt;em&gt;Fratergekeime&lt;/em&gt;, les envahisseurs qui avaient occupé le village durant
la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;&quot;&gt;L’&lt;em&gt;Anderer&lt;/em&gt; est une figure allégorique de
la résistance de la mémoire contre l’oblitération totalitaire et la négation de
l’identité des êtres. Victime innocente et faussement naïve, et peut-être même
consentante, dans la mesure où sa mort pousse au paroxysme le déchaînement de
haine que sa présence tendait à révéler. Icône sacrificielle d’une humanité
déréglée par les folies de la guerre. Ses dessins, qui faisaient affleurer sous
le vernis de la civilisation la part sombre de l’humanité, furent brûlés, et
avec eux toute trace du passage de l’&lt;em&gt;Anderer&lt;/em&gt; dans le village. Le
&lt;em&gt;Rapport&lt;/em&gt; suivra finalement le même chemin, jugé trop subversif pour la
tranquillité du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;&quot;&gt;Cette destruction signe l’inéluctable défaite de
l’individu contre la foule, cet esprit grégaire qui est source de toutes les
folies de l’Histoire, dilution des raisons individuelles, précipité des peurs
ataviques. Pour autant, le livre ne finit pas sur une note défaitiste et
crépusculaire, mais - tout au contraire -, par un jeu de correspondances qu’il
ne m’appartient pas de révéler, ouvre sur la possibilité d’une renaissance de
l’individu opprimé. Et de la raison humaine.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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