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  <title>L'Idiot du Village - premier roman</title>
  <link>http://www.idiotduvillage.net/</link>
  <description>la littérature plongée dans la rumeur du monde</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Tue, 08 Jul 2008 17:15:46 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>C'est l'histoire d'un écrivain qui devient un jour président</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/02/24/Cest-lhistoire-dun-ecrivain-qui-devient-un-jour-president</link>
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    <pubDate>Sun, 24 Feb 2008 12:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Charles Dantzig</category><category>premier roman</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Voici le premier roman de Charles Dantzig, publié en 1993 aux éditions Les
Belles Lettres : &lt;em&gt;Confitures de Crimes&lt;/em&gt;. Le titre est emprunté à un vers
de Henry Jean-Marie Levet : &lt;em&gt;Le soleil se couche en confitures de
crimes&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un écrivain, Frédéric Marcassin, qui devient un jour
président de la République. Ayant un peu trop lu Félicien Marceau (le livre lui
est dédié), et notamment &lt;em&gt;L'Étouffe-chrétien&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Mort de
Néron&lt;/em&gt;, il a comme modèle en politique ce tyran cabotin qui a pour nom
Néron. Il profite qu'il loge à l'Élysée pour procéder en France à quelques
ajustements : suppression de la télévision et de la radio, taxation sur les
lieux communs, refonte complète du programme éducatif, diminution drastique du
pouvoir législatif, etc. Cet écrivain qui préside est un pédant, au sens où son
enthousiasme pour ce qui lui tient à cœur (la littérature !) le transporte
rapidement vers le dithyrambe ou - au contraire - la critique assassine et
péremptoire. Au demeurant c'est aussi un assassin, il rétablit même le doux
spectacle des exécutions publiques : c'est dire si l'homme a du goût.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Néron, il a la logique poussée à son paroxysme, alliée à un don réel pour
la comédie : c'est elle qui lui permet de régner sous ses allures de roi fou
(oui, il rétablit aussi la monarchie : il était grand temps). On ne le prend
pas au sérieux (pensez donc : un écrivain !) : il en profite pour tout se
permettre. Il détruit les rites qui aliènent l'intelligence des hommes, se
moque du protocole et raille l'image du pouvoir. A la fois roi et fou du roi,
ce bouffon tire son irrévérence à la face du monde et décore de l'ordre du
poireau tous ces petits qui rêvent d'être grands. Il ne recule devant rien, pas
même devant une guerre contre l'Union Européenne : c'est que sa volonté a
raison de tous les obstacles imaginaires que les indécis dressent d'habitude
entre leur désir et sa réalisation. Son caractère ambitieux et volontaire fait
d'ailleurs beaucoup pour le charme de cet homme fantasque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Dantzig se livre à une satire en règle du pouvoir, façon Voltaire
(il est donc optimiste : il pense que l'homme peut s'améliorer - ou fait comme
si), mais son ironie n'est pas méchante : elle s'envole vers la gaieté, masque
de la tragédie avec qui elle danse une gigue de tous les diables. L'auteur se
livre ainsi à la virtuosité de l'écriture gaie et emporte avec lui son lecteur,
séduit par tant de bonne humeur. On applaudit.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Confitures de Crimes&lt;/em&gt;, Charles Dantzig, Les Belles Lettres, 18,29
€.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Le charmant petit monstre</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/02/12/Le-charmant-petit-monstre</link>
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    <pubDate>Tue, 12 Feb 2008 20:50:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Françoise Sagan</category><category>premier roman</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/./.bonjour_tristesse_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous recevez une carte postale de la Côte d’Azur. Au recto : un paysage
méditerranéen se balance tranquillement au gré du vent, hésite entre la
pénombre des persiennes et la chaleur blanche des terrasses qui donnent sur la
mer, toute proche, là-bas. Au verso : deux mots, un vers de Paul Eluard :
&lt;em&gt;Bonjour tristesse&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier roman, énorme succès : Françoise Sagan fait scandale (on est en
1954). Par sa frivolité assumée, ce « charmant petit monstre » défraie la
chronique. Ce court roman est un précipité saganien : plaisir, vitesse et
nonchalance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cécile, dix-sept ans, vit avec son père depuis sa sortie du pensionnat deux
ans plus tôt. Les deux mènent une vie pétillant de plaisirs faciles et d’amours
éphémères. Cet été, ils passent les vacances dans une villa louée en compagnie
d’Elsa, la dernière maîtresse de ce père volage, un concentré de vacuité, mais
si jeune, si belle. Bientôt, une amie les rejoint : Anne. Intelligente,
subtile, sérieuse… et encore jolie. L’engrenage se met à tourner, lentement
puis s’emballe. La fin est fatale. Cécile en aura été le metteur en scène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’histoire s’enchaîne en courts chapitres qui mettent en place un à un les
éléments du drame qui se noue sous nos yeux dans cette villa blanc sur bleu : «
Nous avions tous les éléments d’un drame : un séducteur, une demi-mondaine et
une femme de tête. » Bien que prévisible dans son déroulement, elle n’en reste
pas moins prenante par la tension psychologique qui s’installe petit à petit,
étire le temps et inéluctablement le déchire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’élastique claque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et le tonnerre éclate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;après que l’orage a grondé,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;augure muet.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;dit le critique qui ne sait plus quoi faire pour tourner sa critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Françoise Sagan lance de belles images, on en oublie la carte postale
cliché. Parfois, elle démontre plus qu'elle ne montre, et c'est dommage, car sa
frivolité l'oblige à attaquer par petites touches, de biais. Dès qu'elle
s'éloigne de cette technique, elle patine, mais c'est si rare qu'on lui
pardonne. Par contre, elle donne très bien à voir les états d'âme d'une
adolescente qui découvre et l'amour et la perversité de la logique appliquée au
jeu social : c'est elle qui tire les ficelles, l'une cassera. Plus que
l'adolescence, c'est une époque que ce livre évoque, où les moralistes tentent
encore de resserrer l'étau autour de ces mœurs qui s'ébrouent avec impatience
dans l'attente de mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Bonjour tristesse&lt;/em&gt;, Françoise Sagan, Pocket, 3,80 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>C'est toujours plus dur la première fois</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/01/22/Cest-toujours-plus-dur-la-premiere-fois</link>
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    <pubDate>Tue, 22 Jan 2008 21:11:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Cogito</category>
        <category>premier roman</category><category>écriture</category>    
    <description>    Un premier roman est un acte de naissance en même temps qu’une demande de
reconnaissance. L’écriture et la lecture sont les deux faces d’une même
expérience sensible, qui postule l’expression d’un partage, virus dont le livre
est le vecteur. Le premier roman est alors le cri du nouveau-né : il a besoin
d’air, il faut qu’il s’exprime !
&lt;p&gt;De ses vocalises, le jeune écrivain (qui par ailleurs peut être vieux, là
n’est pas la question) tire un matériau brut et baroque que l’expérience n’a
pas encore poli. Et c’est peut-être là toute sa force, puisqu’il donne sans se
soucier de l’avis du public qu’il n’a pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left; width: 132px; height: 177px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/digue.jpg&quot; /&gt;Bien sûr, cela
présente quelques imperfections : l’éponge qu’est tout auteur dégorge pour la
première fois tout ce qu’elle a emmagasiné ; la digue cède. Et surviennent
alors les vagues du lyrisme mal contenu, sur lesquelles surfent les références
littéraires appelées en renfort, sait-on jamais, au cas où on ne nous prendrait
pas au sérieux. Sont ainsi convoquées au chevet de l’auteur les figures qui ont
nourri de leur encre son imaginaire encore immature et que sa faiblesse de
prématuré ne saurait faire taire pour le moment. Ces spectres seront les
tuteurs qui guideront sa main dans les moments de doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier roman, c’est donc aussi l’occasion d’accepter un héritage, avec
toutes les dettes que cela comporte. Passage de témoin incontournable : on ne
saurait écrire sans avoir rien lu au préalable.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Bright Lights, Big City</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/01/13/Bright-Lights-Big-City</link>
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    <pubDate>Sun, 13 Jan 2008 19:06:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Jay McInerney</category><category>premier roman</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/Jay.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Bright lights, big city went to my baby's head.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Van Morrison&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jay McInerney frappa fort avec ce premier roman à la deuxième personne du
singulier, véritable pari stylistique pour ce funambule qui ne devait jamais
savoir à l'avance si le prochain pas ne serait pas le dernier. Le pari devint
cependant prouesse, et le livre - un succès quand il parut en 1984 - propulsa
son auteur sur les podiums de la scène littéraire nord-américaine, l'étiquette
&amp;quot;auteur-culte&amp;quot; bien en évidence autour du cou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A priori, le &amp;quot;tu&amp;quot; impose une certaine distance entre le narrateur et le
lecteur au cours de l'alchimie évocatrice qui libère les images des mots qui
les invoque. Mais le génie s'installe et nous happe dès la première page, pour
ne nous recracher qu'une fois lue la dernière ligne du livre, quelques heures
plus tard. L'effet, outre son originalité un rien tapageuse, brille par
l'intimité qu'il instaure entre le lecteur et ce narrateur dont on ne sait trop
s'il se parle à lui-même ou au héros (autrement dit : le &amp;quot;tu&amp;quot; interpelé par le
narrateur doit-il se confondre avec ce dernier ?). De ce dialogue (intérieur ou
pas, peu importe après tout), le lecteur aurait de quoi se sentir exclu : il
n'en est rien, bien au contraire, puisque rarement aura-t-on été si pris par
une histoire, à tel point que l'on en vient à répondre à ce tutoiement pour
vivre soi-même la descente aux enfers à laquelle nous convie l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le New York arriviste des années 80, un jeune homme de vingt-quatre ans
largué par sa femme tente de noyer sa déroute sentimentale dans l'alcool et la
&amp;quot;poudre tonique bolivienne&amp;quot;, et s'il arrivait par la même occasion à oublier
l'insatisfaction de son travail au service de vérification des faits du
&amp;quot;Magazine&amp;quot;, on comprend que ce ne serait pas plus mal. La nuit new-yorkaise
descend alors sur ce futur divorcé. Il danse bientôt dans l'effervescence
alcoolisée des boîtes, suit la trace des lignes de coke enfilées aux toilettes,
fuit le silence de son appartement déserté dans l'agitation des nuits sans
lendemain. Hélas pourtant le jour se lève et le travail attend, mais la
&amp;quot;Terreur&amp;quot; qui dirige le service n'attend pas, elle, et les retardataires n'ont
qu'à bien se tenir, surtout s'ils bâclent la mission sacrée qui leur a été
accordée : ne laisser passer aucune erreur, vérifier tous les faits. Bien sûr à
ce petit jeu, notre &lt;em&gt;chasseur de dragon&lt;/em&gt;* ne tient pas longtemps, et à
la débâcle personnelle vient bientôt se greffer la déroute professionnelle. Et
ce ne sont pas ses velléités littéraires qui le sauveront, vu que ses textes
finissent tous à la poubelle ou refusés par le service littéraire du Magazine,
ce qui revient au même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit monde du journalisme, la grande ville anonyme et ses vies
transparentes, tout cela est croqué par une causticité décapante et
jubilatoire. Le désespoir s'unit à l'ironie pour extirper du pot-pourri moderne
une juste satire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jay McInerney décrit en peu de mots - et non sans humour - la vie de cet
homme déchu qui goûte à l'amertume de l'échec, sans pour autant sombrer dans la
complaisance. On saisit peu à peu l'ampleur de son mal-être dont les racines ne
sont évoquées qu'avec pudeur et retenue, et c'est là tout le talent de l'auteur
: il sait donner aux émotions leur juste champ d'expression et jouer avec
finesse de notre instrument à cordes préféré. Cette sensibilité sera la main
tendue que le héros saisira pour se relever, et sans surprise, une femme sera à
l'origine de sa rédemption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Femmes, je vous aime.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Bright Lights, Big City&lt;/em&gt;, de Jay McInerney, Editions de l'Olivier,
8,99 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;*Techniquement parlant, &amp;quot;chasser le dragon&amp;quot; consiste à inhaler des vapeurs
d'héroïne chauffée au-dessus d'une flamme, le plus souvent sur du papier
d'aluminium. Ici, il s'agit plutôt de cocaïne sniffée à la paille ou avec un
billet de banque : pensant renouveler un peu ma prose, je me suis permis cette
licence poétique et n'ai fait que tremper ma plume dans la lie des métaphores
filées concernant les paradis artificiels. Si elles sont filées, c'est à la
manière des bas : à trop en abuser on les use ! On n'arrivera bientôt plus à
parler de cette littérature de noctambules : insipides clichés, laissez-nous
danser ! (Il s'agit certes d'une entorse à la rigueur scientifique qui m'anime
d'habitude, mais bon, on n'est pas là au service de vérification des faits.)
Fin de la &amp;quot;note de bas de page&amp;quot;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>La tombe de l'auteur inconnu #01</title>
    <link>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/01/12/La-tombe-de-lauteur-inconnu-01</link>
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    <pubDate>Sat, 12 Jan 2008 17:36:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>La tombe de l'auteur inconnu</category>
        <category>Alessandro Piperno</category><category>premier roman</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/Piperno.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici venu le moment de tenir cette chronique qui me tenait à cœur &lt;a href=&quot;http://www.idiotduvillage.net/post/2007/09/26/La-tombe-de-lauteur-inconnu&quot;&gt;depuis la rentrée&lt;/a&gt; et qui n’a
eu de cesse d’être reportée par votre serviteur, toujours pris en otage par les
dernières parutions et l’actualité littéraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour son inauguration, je vous propose donc le premier roman d’Alessandro
Piperno, &lt;em&gt;Avec les pires intentions&lt;/em&gt;, paru aux Éditions Liana Levi en
2006, après qu’il fût devenu un best-seller en Italie, comme le précise
l’édition poche sortie récemment. Cependant, bien que grâce à lui son auteur
soit devenu « l’enfant terrible de la littérature italienne » (quand
cessera-t-on d’user de ce poncif éculé ? Et d’ailleurs, quand cessera-t-on de
vendre et de lire un livre pour le scandale dont il se sent obligé de se
parfumer pour séduire et ne pas laisser indifférent ?), il n’a reçu en France
que l’estime de quelques critiques littéraires : peut-être la sortie en poche
accordera-t-elle à ce premier roman le succès commercial qu’il mérite, car (oui
!) c’est un bon livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Sonnino, le narrateur au « je » omniprésent et aux relents sans doute
autobiographiques, spécimen intéressant de juif antisémite, universitaire à
défaut d’être romancier, onaniste adepte de la masturbation publique, obsédé
sentimental et lâche égoïste […], Daniel (donc) nous raconte l’histoire de sa
famille puis celle de sa jeunesse plaquée or parmi la jeunesse platine de la
haute société romaine, respectivement première et seconde parties de ce roman,
même si le découpage est moins formel que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille Sonnino nourrit en son sein une belle galerie de personnalités
truculentes et hautes en couleur, ne serait-ce que le grand-père paternel,
Bepy, éternel optimiste et véritable panier percé, mari volage atteint de
priapisme chronique, grandeur et décadence de la famille suite à une faillite
légendaire, ou encore le père, Luca, globe trotter albinos et dandy à l’instar
du grand-père. Tous ces portraits sont brossés par le narrateur avec la
circonspection d’un timide aux désirs refoulés et à la confiance en berne, avec
l’égoïsme de la jeunesse et la mauvaise foi du ressentiment. Un tel manque
d’empathie de la part du narrateur pourrait rebuter le lecteur, mais il n’en
est rien : le livre tient par les circonvolutions dont Daniel use et abuse pour
déplier le vaste panorama de sa famille et de ses connaissances, si bien qu’on
est pris par cette verve déroutante, à tout moment à la limite du décrochage,
sauvée par les pirouettes baroques de ce styliste insolent, qui s’amuse des
associations de mots les plus insolites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois on s’aperçoit (surtout dans la première partie) que la narration
n’est là que pour servir ces digressions incessantes, des parenthèses de
plusieurs pages, voire plusieurs dizaines de pages, ponctuées par quelques
passages qui impriment le mouvement à l’ensemble. Une telle dynamique est celle
du souvenir et de la réflexion rétrospective, déclenchée par quelques épisodes
à haute persistance mémorielle (voilà une expression que ne renierait pas
Alessandro Piperno). Dès lors, la narration se fait à bâtons rompus. Elle
réussit à émerger de temps en temps de ce lac de souvenirs, pour reprendre son
souffle avant une énième plongée en apnée, à la recherche de quelque
explication qui permettrait au narrateur de tourner la page de son passé. Et à
chaque fois que l’on refait surface, on reconnaît à seulement quelques brasses
de là l’endroit d’où l’on était parti, et l’on se demande – un peu étonné – par
quels chemins détournés on a bien pu passer pour s’enfoncer si profondément
tout en faisant un quasi-surplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette effusion de mots se resserre dans la seconde partie où Daniel en
arrive peu à peu à raconter le drame de son adolescence : Gaia, petite-fille de
l’ex-associé de son grand-père, lui demeure inaccessible, malgré l’amitié qui
les lie. Un calvaire sentimental et une abstinence de cinq ans, couronné par la
crucifixion figurée de Daniel lors de la soirée du dix-huitième anniversaire de
la belle Romaine. Et l’on comprend alors que toutes ces digressions n’étaient
là que pour retarder le souvenir cuisant de cette soirée et l’humiliation
publique, et l’exclusion sociale, dont elle fut l’origine ; mais aussi pour
retourner cette période douloureuse dans tous les sens et essayer en vain de la
comprendre. L’écriture est alors le seul acte possible pour donner un sens et
une forme à ce qui n’en a pas, et l’accepter enfin, à défaut de pouvoir
l’oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier roman n’est pas sans défaut. Outre les méandres dans lesquels il
se perd parfois, mais qui lui donnent aussi sa personnalité (et son charme mal
dégrossi), il possède le travers de tout premier roman : Alessandro Piperno se
sent en effet obligé de dégorger (étaler ?) ses références culturelles comme
s’il devait payer un tribut à ses illustres prédécesseurs, lettres de
recommandation pour entrer dans le cénacle des écrivains reconnus, tic scolaire
de l’universitaire qui croit ainsi conférer à son livre l’alibi culturel qui
passe pour être de la personnalité, alors que ce n’est qu’influences mal
assimilées. Dans la continuité de cet étalage digne d’un premier de classe,
l’auteur intercale trop souvent dans sa prose des mots en français, snobisme
qui fatigue à la longue et guinde une prose par ailleurs joyeusement
irrévérencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces maigres défauts de jeunesse ne sauraient cependant pas faire oublier le
vif plaisir que procure ce livre, puisque pour un premier essai romanesque,
&lt;em&gt;Avec les pires intentions&lt;/em&gt; réussit le tour de force de maintenir sous
tension une écriture dense et alambiquée, et dont les provocations licencieuses
et politiquement incorrectes sont assez légères pour célébrer sans gratuité la
liberté de vivre égoïstement.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Avec les pires intentions&lt;/em&gt;, d'Alessandro Piperno, folio, 7,90 €.&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
P.S. : merci à &lt;a href=&quot;http://www.mikaelhirsch.com/&quot;&gt;Mikaël Hirsch&lt;/a&gt; pour ce
conseil de lecture.&lt;br /&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.idiotduvillage.net/post/2008/01/12/La-tombe-de-lauteur-inconnu-01#comment-form</comments>
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    <title>Crime et compassion</title>
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    <pubDate>Thu, 27 Dec 2007 22:32:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Julien Capron</category><category>premier roman</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/./.amende_honorable_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Moyen-Âge, faire amende honorable consistait pour un condamné à mort à
demander pardon à ses semblables avant de s’en remettre à la justice divine
pour le jugement de son crime et de son âme. Dans le roman d’anticipation de
Julien Capron, il s’agit de purger une peine de probation au cours de laquelle,
par une rééducation inhumaine et totalitaire, le prisonnier est censé prendre
pleinement conscience de sa culpabilité et demander pardon à la société,
jusqu’à demander lui-même à être exécuté, la mort étant seule capable de
l’absoudre de son crime, en fait de le délivrer de l’ignoble supplice qu’est
devenue la justice des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un premier roman, &lt;em&gt;Amende honorable&lt;/em&gt; ne manque pas d’ambition :
écrire dans le sang des condamnés la satire d’une société qui, pour avoir
survécu aux déchirements fratricides d’une guerre civile, est prête à diluer
son éthique dans toutes les compromissions pour purger la cité du mal qui fait
vaciller ses fondations. On le voit, la fable n’est pas seulement politique, et
– contre les échos médiatiques des dernières Présidentielles – fait résonner
les voix plus profondes de la conscience et de la foi, du pardon et de la
rédemption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’image de Capitale, cité monstre du futur, la satire s’étage à tous les
niveaux de la société : politique, judiciaire, médiatique, policier, carcéral,
etc., et fournit au lecteur une vision panoptique de ce sombre avenir que notre
présent inspire visiblement à l’auteur (même si par ailleurs il se défend de
toute charge anti-Sarkozyste). La force du livre est d’être un texte
polyphonique, une mosaïque de personnages qui incarnent des valeurs différentes
et campent des positions dispersées autour du débat de l’amende honorable et
plus largement de la question des libertés. À l’instar du débat télévisuel
concluant la campagne présidentielle qui se joue à la fin du livre, et de
l’issue de laquelle dépend le sort de la République, chaque personnage a le
droit de se justifier durant un temps de parole équitable, sans qu’aucun
jugement n’émane directement de l’auteur. En découle une pluralité de voix qui
partagent avec le lecteur leurs motivations et leurs convictions, afin qu’il
puisse saisir les dilemmes moraux auxquels les personnages sont confrontés,
soit une galerie de portraits profondément habités par l’auteur, qui réussit à
faire passer dans la narration la manière de s’exprimer propre à chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si à aucun moment l’auteur ne se permet de juger l’un de ses personnages, il
est cependant clair, par l’empathie qu’il sait générer à propos de certains
d’entre eux, qu’il se place du côté de la justice, et non de la vengeance, du
droit, et non de la force, de la clémence, et non de la répression, de la
confiance enfin, et non du cynisme. Ainsi, dans la perspective de la
problématique rédemption de l’âme humaine, se redéfinissent les contours d’une
morale chrétienne centrée sur sa valeur cardinale : le pardon, et
potentiellement la grande force et la (seule) faiblesse du roman. Ainsi, les
plus belles pages du livre sont celles qui livrent le lyrisme poignant d’un
condamné à mort dont le seul crime aura été d’aimer une égoïste, ou d’un
gouverneur de forteresse chargé de l’application de l’amende honorable que sa
foi lui fait tenir en horreur : on touche dans ces pages à quelque chose de
proche du sublime, en ce sens où les tourments de l’âme sont transcendés par un
noble sentiment, d’autant plus noble qu’il est trempé dans la tristesse et le
désespoir les plus sombres. Que cela soit l’amour ou la compassion, ce
sentiment élève et déplace les conflits personnels sur une échelle des valeurs
plus éthérée, à l’aune de laquelle tout jugement est avant tout compréhension.
Mais ce haut sens moral que l’auteur entend défendre entre parfois en
dissonance avec le reste du texte, comme par exemple dans le débat télévisuel
entre politiques, trop consciencieux et appliqué par moments pour ne pas sentir
le prêche &lt;em&gt;boy-scout&lt;/em&gt; trop peu pragmatique pour être réaliste. Et
pourtant cela passe, car – même quand la tension entre le sens moral et la
triste réalité est maximale – l’auteur en est toujours conscient et atteint le
juste équilibre par le point de vue d’un autre personnage. L’exercice reste
maîtrisé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maîtrise est surtout une maîtrise de la langue : Julien Capron écartèle
si bien cette dernière qu’il en fait naître une nouvelle, la sienne propre,
élégante et contournée, aussi délicate par moments qu’archaïque par d’autres,
répondant à une syntaxe et à un rythme particuliers, probables échos de
l’expérience théâtrale de l’auteur. Le résultat, pour un premier roman, est
impressionnant de cette maturité d’écriture nécessaire pour trouver sa voix.
Mais un livre n’est pas seulement une voix, c’est aussi une construction : là
aussi, Julien Capron étonne, notamment par des jeux typographiques au service
d’un agencement didascalique des niveaux d’écriture, imprimant au texte clarté
d’énonciation et (paradoxalement) économie de moyens. Ces jeux sont parfois
sollicités pour la construction en parallèle de séquences dont l’intensité
appelle un enchaînement rapide. Même si le résultat est parfois improbable, il
est souvent plutôt convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction du roman est scandée par les horaires de l’ordre de Cluny,
mimant ainsi symboliquement l’unité de temps du théâtre classique et conférant
au livre, par la répétition des prières, la grâce propitiatoire des oiseaux
noirs, mauvais augures sacrifiés à l’autel de l’espoir. Un grand talent en
devenir.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;em&gt;Amende honorable&lt;/em&gt;, de Julien Capron, Flammarion, 23 €.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Le Livre des merveilles du monde</title>
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    <pubDate>Sat, 27 Oct 2007 10:58:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Thibault Malfoy</dc:creator>
        <category>Critiques</category>
        <category>Célia Houdart</category><category>premier roman</category>    
    <description>    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block; width: 219px; height: 339px;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.idiotduvillage.net/public/les_merveilles_du_monde.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Igor est photographe. Il vit à Vevey. Il voyage. Au Mexique il rencontre
Monica.&lt;br /&gt;
Après un orage, le réel prend à ses yeux une densité inconnue. Soudain le monde
est irisé. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette quatrième de couverture elliptique restitue bien la tonalité du
premier roman de Célia Houdart, &lt;em&gt;Les merveilles du monde&lt;/em&gt; (P.O.L), même
s'il serait plus approprié de parler d'atonalité. L'écriture y est en effet
blanche et impassible, déroulant avec le recul de l'objectif une succession
d'instantanés saisis par un style neutre, comme par peur de briser le présent
dans son éclosion. Le rendu est troublant et comme en photographie, parle plus
par évocations et suggestions que littéralement, dans le phrasé de mots
encerclant la réalité pour mieux la dire. Ici, l'écriture est absence, ou
plutôt abandon, au monde et au pouvoir de l'image, comme si, du sujet de son
propre livre, l'auteur est davantage le spectateur que le metteur en scène.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Igor était d'une humeur très étrange. Depuis l'orage, tout se passait
comme s'il ne percevait plus le monde qu'au travers des paillettes de verre qui
irisaient la surface des meubles et des objets de chez lui. Il découvrait un
réel prismatique, composé de souvenirs minces, miroitants, fugitifs, aussi peu
visibles que des écailles de poisson sur le bord d'un évier. » P.97.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela laisse au lecteur le soin de s'emparer de ce court texte pour le faire
vivre dans son imagination, au sens premier du terme. A défaut, il risque de
passer à côté de cette invitation à la contemplation. &lt;em&gt;Le Livre des
merveilles du monde&lt;/em&gt;, le journal de voyage de Marco Polo, offert à Igor par
un ami, donne son titre au livre et une clé pour sa compréhension et son
appréhension : laisser le silence s'installer devant l'enchantement du monde
sensible.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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