"La culture, c'est comme la confiture : moins on en a, plus on l'étale."

Phrase terrible, d'autant plus terrible qu'elle est d'une logique et d'une vérité évidentes.

Mais aussi : phrase type de celui ou celle qui - de culture - ne possède que cet aphorisme, exhibé avec le bonheur que confère l'ignorance.

Car il faut vraiment ne rien avoir compris à ce qu'est la culture pour mériter et énoncer pareille vérité, et condamner ainsi la culture au seul domaine du jeu social (peut-être le seul reproche, même si consubstantiel à la démarche, à formuler à l'encontre de l'impossible essai de Pierre Bayard : le bien connu Comment parler des livres que l'on n'a pas lus).

Quand on sait, on s'aperçoit seulement que l'on ne sait rien, qu'il y a infiniment plus de choses à connaître que celles que l'on connaît déjà, qu'il y aura toujours plus de livres à lire qu'il n'y en a de lus. ("Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux." Ainsi soit-il, Jules Renard, même si - pour ma part - ce serait plutôt frustration et désespérance.)

La citation ne procède pas seulement de l'exercice scolaire et mal digéré de la dissertation. Elle peut être (doit être) l'expression d'une culture vécue de l'intérieur, habitée par une sensibilité qui se reconnaît dans et s'identifie à quelques bribes de phrases porteuses de sens.

Une bibliothèque personnelle en dit beaucoup sur un lecteur, mais une compilation de toutes les citations qui nous sont chères nous révélerait bien davantage...