Commencer par la fin
Par Thibault Malfoy le mardi 11 septembre 2007, 17:30 - Critiques - Lien permanent
Les lecteurs du Magazine Littéraire
connaissent Charles Dantzig pour l'épilogue qu'il signe à chaque numéro,
clôture toute personnelle du dossier mensuel. Le ton y est au mieux nonchalant,
au pire irrévérencieux : c'est que le bonhomme ne s'y laisse pas compter et
porte un regard décalé - mais toujours pertinent derrière le masque de l'ironie
- sur cette littérature qu'il habite avec fougue. Tant et si bien que j'ai pris
l'habitude de commencer les dossiers du Magazine Littéraire par leur fin, pour
retrouver tous les mois cette voix singulière que l'on apprend à connaître de
numéro en numéro, et que l'on retrouve avec délice dans son Dictionnaire
égoïste de la littérature française (Grasset).
Charles Dantzig y assume en effet ses goûts, ce que d’aucuns pourraient appeler de la mauvaise foi. Par le choix des notices constituant ce dictionnaire, il témoigne de ses partis pris et propose une lecture personnelle de la littérature française, emprunte de passion et d’érudition.
Aucune référence à la littérature contemporaine, mais des classiques, qu’on (re)découvre par le prisme révélateur de Charles Dantzig, qui n’en laisse aucun moisir sous des strates de poussière. Il nous ouvre avec générosité les portes de sa bibliothèque personnelle, nous fait partager ses réserves sur ses écrivains préférés, son enthousiasme pour certains injustement décriés : il nous les fait vivre, tout simplement, et entendre leur voix, leur style.
Mais il ne se contente pas de si peu (même si déjà c’est beaucoup, bien plus que ce qu’un simple dictionnaire propose) : des notices insolites sur des sujets paralittéraires, des réflexions pertinentes sur l’écriture, des digressions qui cascadent à foison, une tendance à attaquer les figures de marbre du panthéon littéraire par la bande, là où on ne l’attend pas. Et toujours cette ironie sifflante et de l’humour à revendre.
Une grande leçon de littérature, la meilleure : celle qui nous la fait aimer.
Bientôt, la critique de son dernier roman, paru en août dernier : Je m'appelle François (Grasset).
(Photo : Charles Dantzig vu par Olivier Roller.)
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