Charles Dantzig n’aime pas les clichés et il nous le fait bien sentir dans son dernier roman, Je m’appelle François (Grasset). Dans une prose imagée ne reculant devant aucune comparaison ni métaphore, quitte à désarçonner un lecteur trop habitué aux pâles images éculées d’une littérature recyclée, Dantzig nous narre la grandeur et la décadence d’un héros moderne : François Darré - menteur, escroc, charlatan – inspiré d’un certain Christophe Rocancourt, qui défraya la chronique il y a de cela quelques années.

Au départ, il n’est rien : adolescent à Tarbes, il n’est pour les autres que le « fils de la pute », un rêveur ne pensant qu’à s’extraire de son milieu, de cette famille pour laquelle il n’existe pas. Il raconte déjà des bobards, au Broadway, le bar de nuit de la ville. Trop étroit pour lui, il sera bientôt remplacé par le Palace du Paris des années 80, où il fuit à 16 ans avec comme seuls atouts dans la manche sa beauté et son bagout. Il se crée des personnages, s’invente une vie pittoresque, change de nom (jamais de prénom) selon les circonstances, s’invite aux soirées de la haute bourgeoisie parisienne : notre Arsène Lupin est enfin dans la place. Où le mensonge sera sa carte de visite, même si l’arnaqueur se fera parfois arnaqué, par plus rusé que lui.

Mais Paris devient vite trop petite pour pouvoir s’y cacher en toute impunité : les sirènes de l’Amérique appellent François. Il accourt, et devient – plus tard, quand le rêve prend fin – « l’homme qui a volé trois milliards », ou bien « l’homme qui a escroqué Hollywood », dont il revient menottes aux poignets, un sourire greffé au visage pour affronter les télévisions qui lui offrent la gloire.

Dans ce roman au rythme enlevé, dont les chapitres ramassés sur eux-mêmes s’enchaînent avec bonheur, Charles Dantzig dresse le portrait sincère d’un caméléon social qui cherche à oublier son enfance dans le présent multiple de ses personnages. Et, en filigrane de ce portrait, une satire en creux de notre société et de ses simulacres, dont François Darré est un révélateur paradoxal. À la honte, il veut substituer son « honneur », qui n’en a que le nom : d’un orgueil sans fierté, François ne renonce à rien. Jusqu’à la fin.

Mais avant d’en finir avec son héros, Dantzig nous livre des pages remplies d’humour et de tendresse, et parfois de tristesse, derrière l’éternel sourire du vainqueur.

(Photo : Christophe Rocancourt.)