Nouvelle formule
Par Thibault Malfoy le samedi 15 septembre 2007, 15:58 - Revue de presse - Lien permanent

Transfuge, anciennement magazine de littérature étrangère, devient à partir de ce dix-septième numéro (septembre-octobre 2007) un magazine culturel, avec donc - en plus de la littérature (plus seulement étrangère mais aussi française) - des pages consacrées à la musique et au cinéma. Le prix passe de 8,50 € à 7,50 € et l'on gagne seize pages en plus, mais au passage, on a fait la peau aux critiques de livres, limitées à leur portion congrue. La part littéraire du magazine se recentre ainsi sur les portraits et les entretiens d'auteurs, qui sont pour beaucoup dans l'intérêt que je porte à ce magazine. Cependant, dans son ancienne formule, Transfuge avait pour ambition de faire (re)découvrir les classiques de la littérature étrangère, les auteurs incontournables ou cultes, et les moins connus, alors que les trois portraits donnés en pâture aux boulimiques que nous sommes sont consacrés à des auteurs contemporains, un Américain (Jonathan Franzer) et deux Français (David Foenkinos et Christophe Ono-dit-Biot), certes pas mineurs, mais quand même : n'y a-t-il pas plus intéressant ? On se rattrape sur les entretiens, toujours très pertinents : William T. Vollmann, Mark Z. Danielewski, Éric Reinhardt... qui viennent compléter ceux qu'on a pu lire ailleurs, sur la toile ou dans d'autres journaux.
Le dossier, quant à lui, suit Frédéric Beigbeder sur les traces de Salinger, figure tutélaire pour notre trublion germanopratin. Par une série de rencontres avec des écrivains qui entretiennent un rapport étroit avec le chef-d'œuvre du maître, L'Attrape-cœurs, Beigbeder tente en effet de se rapprocher de cet ermite qui s'est retiré de la vie publique en 1953, soit deux ans après la publication de son seul et unique roman. Alors qu'il n'a plus donné signe de vie depuis 1965, Beigbeder va tenter de le faire sortir de son ermitage, une ferme au milieu des bois, près d'un petit village du New Hampshire dénommé Cornish. Si la démarche est présomptueuse, qu'en est-il de l'éthique douteuse à vouloir déranger la retraite d'un homme qui a depuis longtemps donné congé au reste de l'humanité ? N'est-ce pas d'ailleurs pour cela que Beigbeder cherche l'approbation de ses confrères au cours de ses entretiens ?
A le suivre au fil de ses rencontres aux Etats-Unis, on s'aperçoit qu'il est moins question pour lui de retrouver un maître en littérature que de se trouver lui-même (comme toujours) et de répondre à cette question : l'auteur doit-il s'effacer derrière son œuvre et disparaître de la scène médiatique ?
Quoi qu'il en soit, la réponse à la question que vous vous posez sans doute (a-t-il réussi à approcher Salinger ?) ne se trouve pas dans Transfuge, mais dans le documentaire qui a été tiré de ce pèlerinage littéraire (une co-production Rami Production et Transfuge Production) et qui sera diffusé sur Canal Jimmy le 23 septembre. Un trailer sur le tout nouveau site de Transfuge en guise d'amuse-gueule.
Commentaires
Beigbeder a-t-il vu Salinger? NON! C'est la réponse. Tout ça pour ça. En gros, y en aura que pour sa pomme. Dans les entretiens qu'il donne il parle plus de lui que de Salinger, ou presque. Alors inutile de faire de la pub. D'autant que tu n'aimes pas le magazine. C'est vrai que la nouvelle formule de Transfuge est plutôt loupé. Les choix de bouquins sont mauvais. Il reste les entretiens. J'avais lâché le Matricule des Anges pour Transfuge. Je vais revenir au Matricule, le seul qui a le courage de parler de livres dont personne ne parle. L'autre a perdu toute originalité "germanopratin" comme tu dis... et Beigbeder me fait gerber.
Je pense bien aussi que Salinger n'a pas honnoré de sa présence la venue de Beigbeder aux Etats-Unis... mais je le lui demanderai quand même - juste pour voir - si j'arrive à l'approcher à Nancy quand il y sera.
Cela a beau sentir l'autopromo, Beigbeder sait très bien jouer au pitre, c'est déjà ça. On apprend en effet rien de plus sur Salinger dans ses entretiens (et je ne parle pas des auteurs qu'il interview). Il est vrai que Transfuge nous avait habitués à des dossiers plus passionnants.
Sûr qu'il ne l'a pas vu. Il suffit de lire la dernière phrase de l'édito! "Salinger, si tu nous entends" kek chose dans l'genre (elle me fait penser à Michel Drucker, cette phrase... "machintruc, si tu nous écoutes"). Clair que c'est de l'autopromo.
je serai curieuse de connaître les raisons de ce changement de positionnement de Transfuge. Un magazine 100% littéraire n'est il pas assez "vendeur" ?...
je n'ai pas encore vu cette nouvelle formule, j'y jetterai un oeil à l'occasion.
Je pense que cette nouvelle formule est faite pour attirer un plus grand lectorat. Le prix étant assez cher en plus, un magazine axé seulement sur la littérature (et la littérature étrangère en plus) ne devait pas être assez rentable.
ça doit leur couter un max de faire ce truc. ils ont besoins de sous. 2 ou 3 ans, c'est toujours la période critique pour un magazine. et puis moi je verrais bien la-dessous une bose dose d'opportunisme.
plus de place dans la bibliothèque personnelle des journalistes, ils veulent maintenant des places de cinéma... COQUINS!!!!!!!!!!!!