Images & littérature
Par Thibault Malfoy le jeudi 11 octobre 2007, 16:00 - Cogito - Lien permanent

Décrire, c'est substituer à l'appréhension instantanée de la rétine une séquence associative d'images déroulée dans le temps.
Julien Gracq, en lisant en écrivant, José Corti, p.14.
Écrire, c'est dire le monde. Le monde comme réalité sensible, prête à être
saisie dans un rapport empathique entre observé et observateur. Réalité
sensible, tout à la fois dévoilée et interprétée,
questionnée.
Sensible invoque immanquablement la photographie qui, autant qu'un autre, est un art du dévoilement, révélateur. On sait comment la photographie permit à la peinture, avec l'apparition des premiers modèles portatifs et l'usage de l'instantané aux alentours de la révolution impressionniste, de s'abstraire des taches utilitaires qui lui étaient jusque lors dévolues (portraits, événements et édifices officiels, etc. : fixer pour la postérité les souvenirs périssables de l'humanité) et d'ainsi explorer d'autres sujets, d'autres formes de représentation, amorce de l'art moderne.
Cette obsolescence qui a frappé une certaine forme de peinture, la littérature n'en a-t-elle pas été affectée ? Dans les kaléidoscopes d'images que constituent nos vies, n'y a-t-il pas une certaine lassitude à vouloir opérer la nécessaire transmutation de l'image en mots, dont l'originalité dans leurs ajustements est garante de leur pouvoir évocateur et de leur persistance rétinienne ? La littérature a-t-elle abdiqué devant la suprématie des clichés (à prendre dans tous les sens du terme) ? Des questions sans doute déjà posées, déjà débattues, mais qu'on se pose néanmoins, ne serait-ce que pour savoir où l'on va.
(Photo : C. W. Marsens.)
Commentaires
Ecrire ne serait-ce pas aussi interpréter le monde? car le propre de la photographie, c'est qu'elle fixe tout. Ainsi, prenons l'illustration de ton post : il me serait en fait totalement impossible de la décrire fidèlement et intégralement.
Ecrire, c'est laisser à l'esprit une part d'imagination (au sens propre aussi : crééer une image).
Peindre, c'est sélectionner ce que l'on va montrer.
Photographier, ne serait-ce donc juste fixer holistiquement la réalité?
Disons que la photographie, en "fixant la réalité", permet de suspendre le regard sur quelque chose dont on serait passé à côté sans le remarquer, si l'art n'avait pas permis de poser un regard différent sur la réalité du quotidien. En ce sens, la photographie peut être perçue indirectement comme interprétation du réel.
Mais il est vrai que l'écriture fait participer l'imagination du lecteur pour faire surgir des images qui sont une transfiguration du réel, en cela elle est plus proche de la peinture que de la photographie.