Littérature portable made in Japan
Par Thibault Malfoy le mercredi 5 décembre 2007, 22:16 - Vie numérique - Lien permanent

La liste des meilleures ventes de livres au Japon est occupée cette année par des mobile novels, ces romans publiés et lus sur des écrans de téléphones portables, et pour certains écrits avec. C'est Times qui nous avertit et se fait l'écho du désarroi de la critique littéraire japonaise : "The fact that young readers are being exposed to immature expressions and stunted vocabulary will accelerate illiteracy and dammage their ability to express themselves." - de toute manière on va tous crever !
Le public visé est en effet jeune : autour de vingt ans. Le format imposé condamne les textes à être scindés en de courts fragments téléchargeables sur un portable depuis Internet, à lire en trois minutes entre deux stations de métro. Le résultat semble ne pas être très littéraire : "I'm short, I'm stupid, I'm not pretty, I'm rubbish, and I've got no dreams." (extrait du numéro un des ventes au Japon, Love Sky, de Mika) - et nous qui nous plaignions de notre littérature !
Cependant, à ses origines, le roman lui-même était perçu comme une forme d'expression populaire. (L'art est un lent anoblissement du trivial.) Même ainsi formatée, la littérature pour téléphones portables n'est limitée que par son manque d'ambition : qu'elle pense à s'élever, qu'elle oublie son public, et alors c'est à des romans ramassés en haïkus qu'on aura droit. Ce qui est mieux.
(Photo : Laurent d'Ursel.)
Commentaires
"I'm short, I'm stupid, I'm not pretty, I'm rubbish, and I've got no dreams."
"Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J'ai trop honte ! Comme je suis laid !
Eugène Ionesco. Rhinocéros. Livre de poche n°2620, p241
Qui a dit manque d'ambition ?? Les nippons me semblent prets pour Ionesco.
On pourraient peut-être leur fourguer des extraits de grands textes séléctionnés, en leur laissant croire qu'il s'agit de romans adolescents. Ah, participer à l'édification des masses...
Je me disais bien... comme un air de ressemblance (peut-être un autre cas de plagiat psychique ?).
Pour que l'opération "édification des masses" réussisse, il faudrait embaucher des acteurs pour jouer le rôle d'auteurs auxquels le public puisse s'identifier. Et ensuite publier sous leurs noms fictifs des fragments de grands textes : ça y est, j'ai trouvé une niche économique tout à fait viable ! (Comment ça, pas légal ?)
Mais si, mais si, les textes du XIXè sont dans le domaine public. Les ayants-droits sont morts, pas besoin de payer un nègre. à nous deux, Nous serons les Mili-Vanili de la littérature. Tremblez braves gens, la culture arrive...
Bonjour, je viens seulement de découvrir que vous m'aviez jadis, c'est-à-dire en avril dernier, ajouté à vos liens, sur votre précédent blog. Je vous en remercie : mieux vaut tard que jamais.
Après plus de deux mois de silence, Fin de partie reprend vie. Revenez-y donc...
Amicalement.