Prologue
- devenir riche,
- célèbre
- et heureux (le bonheur est aussi un devenir, il s’agit d’une gymnastique mentale comme une autre, à pratiquer quotidiennement).
Vaste projet, dont l’ambition n’est pas moins grande que les moyens à mettre en œuvre pour la réaliser. Une seule option : devenir best-seller, à la M. L. ou à la G. M., la vérité résidant hélas moins dans les lettres que dans les chiffres. Et comme je suis un peu pressé, j’ai décidé de l’être dès mon premier roman, qui reste encore à écrire.

Chapitre 1 : La danseuse de flamenco
Commençons aujourd’hui même, si vous le voulez bien (comme je ne suis pas mesquin, j'en profite pour vous donner la recette). Le titre tout d’abord : c’est le plus important, le reste n’est que notes en bas de page. Dans l’idéal, il évoque un vœu pieux ou un bon sentiment et interpelle le lecteur (mes lecteurs). Ramassé sur la couverture de mon livre lui-même assis sur son présentoir, il attend le chaland ; les yeux mi-clos il feint de somnoler, un sombrero sur la tête, deux colts sous le poncho. Une proie se présente, il bondit… et l’invite à danser, pour mieux s’inviter dans le panier du chaland. Sombrero et poncho ont déjà volé au-dessus des têtes, révélant une robe de danseuse de flamenco qui ondule pour souligner la jarretière bien en évidence sur une jambe chaudement cirée. Quelques suggestions :
- Toi et moi, c’est tout
- Ma vie ton amour
- Dans tes bras, dans ton cœur
Des contre-exemples :
- Sans toi, la vie est plus facile
- Je ne suis pas à lire
- Laisse-moi te raconter l’histoire de ton long suicide
Le tout est de se vendre, n’hésitez pas à racoler : le tapin paye toujours (ou alors, c’est que vous n’êtes pas doués, mais alors là je ne peux rien pour vous).
Chapitre 2 : Le con, la prude et le chaland (à paraître)
Bien sûr, cela
présente quelques imperfections : l’éponge qu’est tout auteur dégorge pour la
première fois tout ce qu’elle a emmagasiné ; la digue cède. Et surviennent
alors les vagues du lyrisme mal contenu, sur lesquelles surfent les références
littéraires appelées en renfort, sait-on jamais, au cas où on ne nous prendrait
pas au sérieux. Sont ainsi convoquées au chevet de l’auteur les figures qui ont
nourri de leur encre son imaginaire encore immature et que sa faiblesse de
prématuré ne saurait faire taire pour le moment. Ces spectres seront les
tuteurs qui guideront sa main dans les moments de doute.
