L'Idiot du Village

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Tag - Alain de Botton

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samedi 15 septembre 2007

Changer 9/9

Comment laisser tomber un livre – où l’on apprend à ne pas diviniser Proust.

"Pour un homme qui avait consacré sa vie à la littérature, Proust manifestait une conscience singulière des dangers qu’on court en prenant les livres trop au sérieux, ou plutôt en adoptant envers eux une attitude fétichiste et respectueuse, qui tout en paraissant un hommage bien mérité, serait en fait un travestissement de l’esprit de la production littéraire ; une relation saine avec les livres des autres devrait dépendre tout autant de l’appréciation de leurs limitations que de celle de leurs vertus."

Comment Proust peut changer votre vie, Alain de Botton, p.220.

Alain de Botton possède cette générosité, ce supplément d'âme allié à un humour certain, qui savent d'emblée séduire le lecteur. Un livre qui vaut tous les manuels de développement personnel et qui permet de découvrir Proust par des chemins détournés, les plus sûrs pour faire parler une œuvre.

Le temps est peut-être venu pour moi de me mettre à Proust...

vendredi 14 septembre 2007

Changer 8/9

Comment être heureux en amour – où Proust a recours à l’image de Noé dans son Arche pour exprimer l’indifférence qu’instille la monotonie du quotidien.

"Si la longue fréquentation d’une personne aimée provoque si souvent l’ennui et l’impression de connaître trop bien cette personne, le problème pourrait bien être, comble d’ironie, que nous ne la connaissons pas assez bien. Alors que la nouveauté initiale d’une relation ne peut nous laisser aucun doute sur notre ignorance, ensuite la présence physique certaine de l’être aimé et la routine de la vie en commun peut nous faire croire que nous avons atteint une familiarité authentique et monotone, alors qu’il pourrait ne s’agir que d’un sentiment trompeur de familiarité créé par la présence physique, ce que Noé avait dû éprouver pendant six cents ans par rapport au monde, jusqu’à ce que le Déluge lui démontre son erreur."

Comment Proust peut changer votre vie, Alain de Botton, p.209.

jeudi 13 septembre 2007

Changer 7/9

Comment ouvrir les yeux – où Chardin et ses toiles peuvent "rendre le sourire à un jeune homme abattu, envieux et insatisfait."

"Les grands peintres possèdent ce pouvoir de nous ouvrir les yeux grâce à la réceptivité supérieure de leur propre regard à certains aspects de l’expérience visuelle, aux jeux de lumière sur l’extrémité d’une cuillère, à la douceur fibreuse d’une nappe, à la peau veloutée d’une pêche ou aux nuances rosées du visage d’un vieil homme, qualité qui à son tour influence nos impressions de beauté. […] Le bonheur qui pourrait naître d’un second regard est un élément clef de la théorie thérapeutique de Proust, il montre que nos insatisfactions peuvent résulter en grande partie d’un regard inadéquat sur notre vie plutôt que d’une déficience inhérente à cette vie."

Comment Proust peut changer votre vie, Alain de Botton, p.176-177.

mercredi 12 septembre 2007

Changer 6/9

Comment être un véritable ami – où l’on apprend que Proust donnait 200 % de pourboire et qu’il était très apprécié de ses nombreux amis, même s’il avait peu d’estime pour l’amitié.

"Malgré ses limitations en tant que tribune où exprimer des idées complexes dans un langage riche et précis, l’amitié peut quand même être défendue au nom de la chance qu’elle nous offre de communiquer nos pensées les plus intimes et les plus franches, et pour une fois, de révéler ce que nous avons exactement en tête.
Quelque sinistre que soit cette idée, la probabilité d’une telle franchise semble reposer en grand partie sur deux critères :
Premièrement : qu’y a-t-il dans notre esprit, plus précisément, combien de pensées avons-nous à propos de nos amis qui, bien qu’exactes, risqueraient de les blesser, et qui, bien que franches, sembleraient méchantes.
Deuxièmement : l’autre est-il prêt, selon nous, à rompre notre amitié si jamais nous nous hasardions à exprimer ces pensées franches. Pour répondre à cela, il nous faut d’une part évaluer nos capacités à inspirer l’affection et d’autre part nous demander si nous avons assez de qualités pour être sûrs de conserver nos amis, même si nous les avons momentanément irrités en leur révélant notre désapprobation de leurs amours ou de leur poésie lyrique.
Malheureusement, selon ses deux critères, Proust n’était guère qualifié pour jouir d’amitiés franches. Pour commencer, il nourrissait bien trop de pensées justes mais sévères."

Comment Proust peut changer votre vie, Alain de Botton, p.149-150.

mardi 11 septembre 2007

Changer 5/9

Comment exprimer ses émotions - où l'on mène la vie dure aux clichés.

"Le problème des clichés n'est pas qu'ils contiennent de fausses idées, mais plutôt que ce sont des formulations superficielles de très bonnes idées. Le ciel est souvent en feu quand le soleil se couche, alors que la lune est discrète, mais si on le dit chaque fois qu'on voit le soleil ou la lune, on finira par penser que c'est la dernière, et non la première, chose à dire sur le sujet. Les clichés sont néfastes dans la mesure où ils tendent à nous faire croire qu'ils décrivent une situation de façon satisfaisante, tout en se contentant d'effleurer la surface. C'est là un problème grave, car notre façon de sentir, et notre manière de décrire le monde doit, à un certain niveau, refléter l'expérience que nous en avons."

Comment Proust peut changer votre vie, Alain de Botton, p.116.

lundi 10 septembre 2007

Changer 4/9

Comment réussir ses souffrances - où il n'est pas question de sado-masochisme mais de la possible hypocondrie de Marcel Proust.

"Bien que les philosophes se soient traditionnellement intéressés à la quête du bonheur, une sagesse bien plus grande semble résider dans une quête des façons adéquates et productives d'être malheureux. La récurrence obstinée du désespoir signifie que la conception d'une approche pratique de ce désespoir est à coup sûr plus profitable qu'une utopique quête du bonheur. Proust, vétéran du chagrin, le savait bien : "Tout l'art de vivre, c'est de nous servir des personnes qui nous font souffrir." Qu'impliquerait un tel art de vivre ? Pour un admirateur de Proust, le but est d'atteindre à une meilleure compréhension de la réalité. La douleur est surprenante, nous ne comprenons pas pourquoi nous avons été abandonnés en amour ou écartés d'une liste d'invités, pourquoi nous ne trouvons pas le sommeil la nuit ou ne pouvons nous promener dans un pré en période de pollinisation. Identifier les raisons de tels inconforts ne nous exempte pas de la douleur comme par magie, mais peut jeter les premières bases de la guérison. Tout en nous assurant que nous ne sommes pas seuls à subir cette malédiction, la compréhension nous permet de voir les limites et l'amère logique de notre souffrance. "Les idées sont des succédanés des chagrins ; au moment où ceux-ci se changent en idées, ils perdent une partie de leur action nocive sur notre cœur..." Pourtant, trop souvent, la souffrance ne réussit pas à se métamorphoser en idées, et ne nous donne pas un meilleur sens de la réalité, mais nous pousse sur un chemin funeste où nous n'apprenons rien de nouveau, où nous sommes assujettis à encore plus d'illusions et entretenons bien moins de pensées essentielles que si nous n'avions jamais souffert en premier lieu. Le roman de Proust est rempli de ce que nous pourrions appeler les mauvais malheureux, pauvres âmes qui ont été trahies en amour, exclues de soirées, qui souffrent d'un sentiment d'incompétence intellectuelle ou d'infériorité sociale, mais qui n'apprennent rien de leurs maux, et même y réagissent en se lançant dans une série de systèmes de défense désastreux, d'où naissent arrogance et illusions, cruauté et dureté, dépit et rage."

Comment Proust peut changer votre vie, Alain de Botton, p.95-96.

dimanche 9 septembre 2007

Changer 3/9

Comment prendre son temps - où l'on apprend à lire avec sagacité la rubrique des faits divers du journal, ainsi que l'indicateur de chemin de fer.

"Cela [si vous voulez savoir à quoi "cela" se réfère, vous n'avez qu'à lire le livre... ou ceci] montre combien l'essentiel de l'expérience humaine est vulnérable au raccourci, combien elle peut aisément être dépouillée des indicateurs sur lesquels nous nous fondons automatiquement pour juger de l'importance des choses. Bon nombre de romans et de pièces de théâtre auraient pu se révéler totalement dépourvus d'intérêt, et ne nous auraient rien enseigné, si notre premier contact avec elles avait eu lieu au petit déjeuner sous la forme d'un fait divers. [...] D'où l'affirmation de Proust que la grandeur d'une œuvre d'art n'a rien à voir avec la qualité apparente de son sujet, et dépend entièrement de la façon dont le sujet en question sera traité." Et quelques pages plus loin : "Cela [là, vous allez vraiment devoir lire le livre] pourrait faire un slogan proustien : n'allez pas trop vite. Et l'un des avantages, quand on ne va pas trop vite, c'est que le monde y gagne une chance de devenir plus intéressant."

Comment Proust peut changer votre vie, Alain de Botton, p.54 et p.61-62.

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