L'Idiot du Village

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Tag - David Foenkinos

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mardi 4 décembre 2007

Les cœurs siamois


Les cœurs autonomes, outre le fait qu'il s'agit du cinquième roman de David Foenkinos, est un très beau titre pour une histoire triste et macabre. Un drame plutôt, librement inspiré d'un fait divers des années 90 : un braquage qui finit mal (mais y a-t-il souvent des fins heureuses pour ce genre d'histoires ?), un couple d'amants meurtriers, un gâchis.

Ce roman diffère beaucoup des autres livres de l'auteur. Ici, point de fantaisie ni d'humour, mais un regard impuissant sur l'enfermement d'une jeunesse révoltée dans une pensée en cul-de-sac, dont la seule échappatoire est la mort. Où comment, par un rejet de plus en plus extrême de la société, on en finit par trancher un à un les liens qui nous rattachent à la commune humanité, pour devenir autre, monstre désespéré aux abois, égaré sur les sentiers de la folie ; comment on en arrive à vivre en circuit fermé sur ses propres obsessions et perdre tout sens des réalités ; comment l'idéologie qu'on adopte finit par corrompre toute chose et parer le quotidien d'un nihilisme qui explosera en un bouquet de violences.

Finalement, ce livre porte mal son titre : s'il est vrai que le désespoir a retranché les deux amants du commun des mortels et les a fait évoluer sur des orbites excentriques tels deux cœurs autarciques, l'un et l'autre ne sont pas autonomes l'un de l'autre, tant l'amour qui les unit a tissé entre eux des ascendances malsaines. Elle est mue par une admiration sans limites pour lui, il est dévoré par une pulsion de domination : leur amour est alors la tension qui existe dans ce différentiel de violence. A mesure que la réalité s'effondre autour d'eux et qu'ils s'enferment dans une vie peu à peu désertée par les repères de la raison, la nécessité de cet amour se resserre autour d'eux comme seul sens à donner à ce qu'ils vivent, comme seul antidote à l'amertume des illusions évanescentes. Dans cette réalité bornée par l'autre, l'escalade à la violence est imminente...

David Foenkinos retranscrit par des mots ciselés dans le plus sombre désespoir la lente chute de ce couple et contamine la lecture d'un intense sentiment de claustrophobie. La nausée n'est jamais loin, on aimerait pouvoir reprendre son souffle pour affronter en apnée ce chant lugubre.

  • Les cœurs autonomes, de David Foenkinos, Grasset, 14,90 €.

(Photo : Bonnie and Clyde.)

jeudi 4 octobre 2007

Mémoire périssable

« Je ne sais pas si certains d’entre vous se souviennent de moi. Il y a quelques années, j’ai publié Le Potentiel érotique de ma femme. Ce roman non autobiographique, traduit dans de nombreuses langues, avait obtenu un réel succès. »

C’est ainsi que débute le sixième roman de David Foenkinos - Qui se souvient de David Foenkinos ?  (Gallimard) -, autofiction loufoque dans laquelle l’auteur se projette dans une quarantaine dépressive, bornée par une panne d’inspiration et une femme en partance. Ce roman, qui a failli s’appeler A la recherche de mon idée perdue, est donc une quête, celle que mène un auteur à la dérive pour retrouver l’aura du succès, symbolisée par une idée évanescente et donc oubliée, que l'auteur entreprend de retrouver pour se remettre à écrire. Le Potentiel érotique de ma femme fut ce succès passé, qui éclipsa le reste de sa bibliographie, alors que les livres suivants s’inscrivirent dans une spirale descendante, rétrogradant leur auteur de la renommée à l’indifférence générale.

Comme pour Le Potentiel érotique de ma femme, le ton est à la fois léger et grave, toujours décalé. L’autodérision et l’ironie permettent de faire l’écart entre les situations cocasses imaginées par l’auteur/narrateur et des thèmes comme la mort, la finitude du bonheur ou l’inspiration artistique en perdition.

Cependant, la légèreté de ton condamne le texte à un traitement superficiel de ces thématiques, affleurées par moment, avec délicatesse et sensibilité, certes, mais sans profondeur : la seule ambition de l'auteur est le divertissement du lecteur, ce qui est déjà louable en soi. N'allons pas juger un texte pour ce qu'il n'est pas, mais plutôt pour ce qu'il propose : un humour décalé et rafraichissant, distillant dans le texte des aphorismes discrets mais sûrs d'eux.

Par ailleurs, un motif récurrent chez Foenkinos est l'attraction féminine, cristallisée dans la sensualité d'un détail ou d'un mouvement, que l'auteur s'amuse à interpréter pour décrypter la psychologie féminine, donnant lieu à des remarques surprenantes de drôlerie. Enfin, le texte a le bon goût de tenir un rythme crescendo qui entraîne le lecteur jusqu'à l'heureux dénouement de circonstance.

Finalement, un roman effervescent qui s'apprécie pour sa légèreté et son humour, mais dont le titre résonnera peut-être pour les générations à venir sur l'air funeste de la prémonition.