Les éditions Scali sont connues pour leurs dictionnaires snobs, mais un seul d’entre eux nous intéresse : le Dictionnaire de Littérature à l’usage des snobs et (surtout) de ceux qui ne le sont pas, de Fabrice Gaignault. Qui nous explique « pourquoi un obscur second couteau doit parfois être plus vénéré qu’un auteur consacré ».

Dans sa préface, Fabrice Gaignault rappelle la définition du terme, empruntée à Olivier de Magny : « le snobisme consiste en un ensemble de partis pris dont un groupe de personnes fait une stratégie destinée à ce que le reste des humains se sente, éternellement et en tout, à côté de l’élégance. Grande brouilleuse de cartes, la littérature semble avoir su troubler la belle pureté du snobisme. » Il appelle surtout à ce qu'on ne le prenne pas (totalement) au sérieux : le snobisme en littérature, jeu d'esprit tout autant que jeu social, doit être pris « avec la plus extrême légèreté », car l'humour est une règle du jeu primordiale, mais aussi car « il ne s'agit après tout que de s'attribuer et de s'inventer des codes un peu plus subtils et raffinés que le “prêt à lire” généralement en usage ».

Ainsi, le snobisme en littérature est une entreprise créative et ludique, puisqu'il s'agit en quelque sorte de réinventer les critères de définition d'une « bibliothèque idéale » et non d'écouter docilement les discours académiques qui figent la littérature et l'enferment dans des modèles de pensée préconçus.

Le résultat est plus que réussi : génial, drôle, éclectique... Ce dictionnaire, écrit dans une langue truculente (qui oublie parfois de corriger certaines coquilles !), fait la part belle aux figures insolites et parfois énigmatiques de l'histoire littéraire, aux artistes maudits et autres décadents incompris, aux marginaux fiers de l'être et aux coteries littéraires qui savent exciter l'imagination des profanes (ainsi le cercle de Bloomsbury, décrit comme le « légendaire phalanstère d'intellectuels lié essentiellement au nom de Virginia Woolf [...]. Il en résulta des cas de figures acrobatiques en matière relationnelle et une constellation d'auteurs remarquables. »), etc..

Bref, Fabrice Gaignault nous fait profiter de sa culture haute de presque un demi-siècle de lectures diverses et variées pour nous inviter à sortir des sentiers battus de l'establishment littéraire et à créer nos propres catégories de pensée. On ne saurait refuser si séduisante invitation.