L'Idiot du Village

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Tag - Françoise Sagan

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samedi 17 mai 2008

Didier Jacob n'aime pas Françoise Sagan

Pourquoi ne l'aime-t-il pas ? Parce que c'est elle, parce que c'est lui : à cause de préjugés.

Il ne lui reproche pas sa frivolité, qui lui fait perdre en profondeur ce qu'elle gagne en légèreté (comme un sifflement allègre pour tromper l'ennui qui l'étouffe). Ce qu'il lui reproche, c'est ni plus ni moins d'être née bourgeoise. Gide avait refusé le manuscrit de Proust, trop rive droite, trop snob : ici, c'est pareil. Didier Jacob est réputé pour sa mauvaise foi et ses jugements péremptoires (on pose souvent au juge péremptoire en croyant se doter d'une personnalité : on ne fait qu'embrasser les préjugés avec lesquels on est né). Il nous livre ici un procès d'intentions, et surtout, ce reproche aberrant :

« Chez Sagan, ce ne sont pas les pauvres qui angoissent. Ce sont les autres, parce qu'ils aiment Brahms : faut qu'ils aillent au concert. Ca finit par faire des frais. Alors que les pauvres. Ils aiment simplement. Ils ne se cassent pas la tête à se faire tromper par la bourgeoise. On ne les voit pas, de toutes les manières. »

Il manque aussi les hémiplégiques qui gagent des courses en fauteuil roulant, les immigrés clandestins, les femmes battues... enfin tous ces sujets qui sentent le mélo politiquement correct. Peut-on sincèrement juger une œuvre pour ce qu'elle n'est pas ?

Un roman n'est pas la représentation proportionnelle d'une société, c'est la transpiration d'une obsession : chez Sagan, l'ennui, partant les plaisirs pour le tromper. Et je vais vous dire, c'est mieux que chez certains.

mardi 12 février 2008

Le charmant petit monstre

Vous recevez une carte postale de la Côte d’Azur. Au recto : un paysage méditerranéen se balance tranquillement au gré du vent, hésite entre la pénombre des persiennes et la chaleur blanche des terrasses qui donnent sur la mer, toute proche, là-bas. Au verso : deux mots, un vers de Paul Eluard : Bonjour tristesse.

Premier roman, énorme succès : Françoise Sagan fait scandale (on est en 1954). Par sa frivolité assumée, ce « charmant petit monstre » défraie la chronique. Ce court roman est un précipité saganien : plaisir, vitesse et nonchalance.

Cécile, dix-sept ans, vit avec son père depuis sa sortie du pensionnat deux ans plus tôt. Les deux mènent une vie pétillant de plaisirs faciles et d’amours éphémères. Cet été, ils passent les vacances dans une villa louée en compagnie d’Elsa, la dernière maîtresse de ce père volage, un concentré de vacuité, mais si jeune, si belle. Bientôt, une amie les rejoint : Anne. Intelligente, subtile, sérieuse… et encore jolie. L’engrenage se met à tourner, lentement puis s’emballe. La fin est fatale. Cécile en aura été le metteur en scène.

L’histoire s’enchaîne en courts chapitres qui mettent en place un à un les éléments du drame qui se noue sous nos yeux dans cette villa blanc sur bleu : « Nous avions tous les éléments d’un drame : un séducteur, une demi-mondaine et une femme de tête. » Bien que prévisible dans son déroulement, elle n’en reste pas moins prenante par la tension psychologique qui s’installe petit à petit, étire le temps et inéluctablement le déchire :

L’élastique claque

et le tonnerre éclate

après que l’orage a grondé,

augure muet.

dit le critique qui ne sait plus quoi faire pour tourner sa critique.

Françoise Sagan lance de belles images, on en oublie la carte postale cliché. Parfois, elle démontre plus qu'elle ne montre, et c'est dommage, car sa frivolité l'oblige à attaquer par petites touches, de biais. Dès qu'elle s'éloigne de cette technique, elle patine, mais c'est si rare qu'on lui pardonne. Par contre, elle donne très bien à voir les états d'âme d'une adolescente qui découvre et l'amour et la perversité de la logique appliquée au jeu social : c'est elle qui tire les ficelles, l'une cassera. Plus que l'adolescence, c'est une époque que ce livre évoque, où les moralistes tentent encore de resserrer l'étau autour de ces mœurs qui s'ébrouent avec impatience dans l'attente de mai 68.

  • Bonjour tristesse, Françoise Sagan, Pocket, 3,80 €.