L'Idiot du Village

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Tag - Ramón Gómez de la Serna

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dimanche 6 avril 2008

Rumeur, recompose le monde à ton image


« La pluie se mit à taper sur sa machine à écrire. »

Rumeur plus que « criaillerie », comme elles sont usuellement traduites, les Greguerías sont des précipités de poésie qui renferment dans des phrases frappées de stupeur les joyeux d’un monde que l’imaginaire lunaire de Ramón Gómez de la Serna a réenchanté.

« Le crépuscule est l’apéritif de la nuit. »

Cet auteur né à Madrid en 1888 a consigné la rumeur de son imagination depuis l’âge de 22 ans et jusqu’en 1963, année de sa mort. Cette rumeur est parfois cousue dans la trame même de ses autres livres et perce la page comme une déflagration, une fulgurance, un point de convergence et de non-retour : un aboutissement. À l’image des Greguerías, compilation d’une vie passée à jeter en l’air des images rémanentes.

« La lune est la grande cireuse du parquet des lacs. »

Ramón Gómez de la Serna snobe le mot vague de réalité, ou de réalisme, ou de vraisemblance, et martèle les mots qui prendront en tenaille et la réalité et notre rapport à elle pour la façonner à leur image, pour la recomposer, et nous avec elle, au sein d’étincelles de silex.

« Taper à la machine : clouer des mots sur le papier. »

  • Greguerías, de Ramón Gómez de la Serna, Cent pages, 14 €.

samedi 5 avril 2008

Teaser Ramón Gómez de la Serna

« Bien des lecteurs dont l’éducation littéraire est achevée considèrent avec stupeur les « Greguerías ». Ils ne comprennent pas de « quelle façon elles sont une surprise ». Ils y cherchent d’instinct une « maxime », une « pensée », une épigramme. Ils s’attendent à y trouver de « l’esprit », un bon mot, une réflexion morale ayant un caractère universel et permanent. Ils cherchent « la pointe ». Et, comme ils ne trouvent rien de tout cela, la « greguería » leur paraît un défi au bon sens, une naïve platitude, le comble du trivial, la chose, entre toutes, qui ne valait pas la peine d’être écrite. »
Valery Larbaud, en 1919, à propos des Greguerías de Ramón Gómez de la Serna.

Non seulement elles valent la peine d'être écrites, mais encore plus d'être lues (et donc éditées par les passionnés des éditions Cent pages). Un livre gratuit et inutile, c'est-à-dire aucunement utilitaire : n'est-ce pas la plus belle définition d'une œuvre d'art ?

Quant à ces lecteurs qui auraient achevé leur éducation littéraire, il doit s'agir de ceux qui ne lisent plus, jugeant sans doute que cela ne leur sert à rien. Nous ne finirons jamais de lire, il y aura toujours de quoi nourrir notre boulimie. Nous n'achèverons jamais notre éducation littéraire : elle n'en a pas besoin.