L'Idiot du Village

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lundi 24 mars 2008

Les derniers hussards

Malgré ses couvertures signées Baudouin, toutes d'une esthétique très bobo mais d'une richesse aussi fine que profonde, décapage est peut-être le refuge des derniers hussards, finalement moins décalés que désinvoltes, moins à la mode que débranchés de tout impératif d'actualité : ils font ce qu'ils veulent, dans leur coin sans déranger personne, et c'est cela la liberté.

En témoigne la lecture dans le dernier numéro (le 34, soit celui du deuxième trimestre 2008) de la pièce en un acte de l'ouzbek Abdullah Badri, intitulée Idiot ! et publiée à Samarcande en 1915, à peu près à l'époque où Corto Maltese rôdait dans les parages, du moins j'aime à le croire. Qui de nos jours prend encore la peine de traduire l'ouzbek ? Stéphane A. Dudoignon. (Il traduit aussi, me dit-on, le russe, le perse et l'azeri.) Pour en revenir à Idiot !, il s'agit d'une pièce comique qui reflète en filigrane les tensions existant entre les djadid et les khwâja, respectivement les courants progressiste et obscurantiste du Turkestan d'antan (même si c'est plus compliqué que cette simplification manichéenne). Et cela, vous ne le lirez que dans décapage.

Peuvent aussi se lire dans ce numéro les articles qu'Errol Flynn (oui, celui-là même) publia dans le Sydney Bulletin en 1931 et 1932, alors qu'il dirigeait une petite plantation de tabac en Nouvelle-Guinée. J'ai voyagé dans ma tête durant quelques minutes, et à peu de frais, et j'ai découvert, outre la façon de tuer définitivement une tortue pour la manger ensuite, une insulte particulièrement charmante : « Goiaribari ! »

Et cela que pour la littérature étrangère : je ne vous parle même pas de ce qu'on peut y trouver côté français. (C'est une paresse, nous sommes d'accord.)

Ah, si ! quand même... la thématique du numéro est consacrée aux « Portraits d'éditeurs ». S'il est vrai que ces portraits sont « tantôt fantasques, tantôt ironiques », ils n'en sont pas moins touchants dans ce qu'ils restituent de l'être humain qui affleure sous le masque d'éditeur.

lundi 28 janvier 2008

décapage 33

Le nouveau décapage est sorti, désormais frappé aux armes de La Table Ronde... et à 8,50 € au lieu de 5, mais on peut maintenant le trouver dans toute bonne librairie. Ce numéro 33 propose son lot de nouvelles et de chroniques déjantées ou simplement décalées et une thématique : la lettre de refus, exercice auquel plusieurs écrivains se sont livrés pour raconter avec une ironie salutaire leurs déboires de publication.

Quelques notes de lecture :

  • Claude Fraysse dans sa chronique Hors-texte traite du cliché en littérature, et joint l'exemple à la théorie de façon tout à fait ludique. Il évoque au passage le livre hélas épuisé de Charles Danztig, La Guerre du cliché, mais propose à la place le Dictionnaire des clichés littéraires d'Hervé Laroche (Arléa, 2001).
  • Dans sa chronique De qui se moque-t-on ?, Ludovic Roubaudi nous informe des revendications syndicales de joueurs de football, et c'est très drôle.
  • Constance de Buor écrit des nouvelles à l'hermétisme toujours aussi ciselé, Embarquement immédiat ne déroge pas à la règle. En une page de mots, un instantané de vie et beaucoup de poésie dans cette prose raffinée.
  • Stephen Leacock, auteur canadien, installe dans sa nouvelle Mon ami inconnu une situation cocasse et absurde à la chute hilarante.
  • Arnaud Dudek... y a-t-il une fin au Commencement (que par ailleurs j'ai bien aimé) ?

mercredi 31 octobre 2007

Revue littéraire sans sucre ajouté

Pour son trente-deuxième numéro, décapage s'essaye à une « nouvelle formule, mais pas trop ». A première vue, rien n'a changé dans cette « revue littéraire sans sucre ajouté » : des chroniques épileptiques, des nouvelles elliptiques, une maquette psychédélique monochromatique... rien de neuf sous les cieux décapés de la contrepèterie décalée. A seconde vue... à vrai dire je n'en sais trop rien : j'ai pris l'histoire en marche au trente-et-unième épisode et j'ai encore du mal dans l'étude comparée des sommaires des deux numéros en ma possession.

On n'a qu'à dire que l'essentiel a été conservé : insolence et nonchalance, ciselées par des plumes alertes. Et la couv' de Baudouin, bien sûr. Pour la modique somme de 5 €.

A noter qu'en janvier, décapage nous revient en portant les armes de La Table Ronde.